Exposition

Edgar Degas fait son opéra à Paris

Des années 1860 au début du XXe siècle, l’opéra, univers clos peuplé de danseuses, chanteurs, musiciens et spectateurs, est omniprésent dans l’œuvre d’Edgar Degas. A l’occasion du 350e anniversaire de l’Opéra de Paris, le Musée d’Orsay en a fait le thème central d’un palpitant accrochage

Les corps virevoltent et les jupons bouffent dans un feu d’artifice de tutus vert pomme, rose fluorescent ou jaune canari. Une ballerine salue le public sous une lumière électrique. Des petits rats, inquiets, émus et agités, s’étirent et réajustent leurs chaussons et leurs épaulettes avant un examen de danse. Dans une classe, une ballerine taquine la barre, une autre bâille et une troisième se gratte le dos. Degas est «le peintre des danseuses».

De la fin des années 1860 au début des années 1910, l’opéra est – selon la formule de Goethe – son «point central», celui à partir duquel tourne toute sa création. Près de la moitié de son œuvre prend pour cadre ce qui est pour lui une source inépuisable de sujets: ballerines, musiciens, spectateurs, abonnés, campés tour à tour sur scène, dans la fosse d’orchestre, les coulisses, le foyer ou la salle de danse. Depuis son domicile parisien du IXe arrondissement, où ce célibataire endurci, ce «grincheux spirituel», habitera toute sa vie, il ne lui faut qu’une quinzaine de minutes pour se rendre dans les deux salles qu’il a connues, celle de la rue Le Peletier d’abord jusqu’en 1873, puis le Palais Garnier à partir de 1875. Il devient vite un familier des lieux au point d’y obtenir en 1884, après moult tentatives, un «fauteuil pour trois jours» qui lui donne accès aux coulisses.