La décroissance photographique. C’est, en quelque sorte, le propos de l’exposition From Here On, aux dernières Rencontres d’Arles. Pensée par cinq commissaires de talent, dont les photographes Martin Parr et Joan Fontcuberta ou le conservateur du Centre Pompidou Clément Chéroux, elle pointe le recyclage des images de la Toile.

«La massification des clichés à disposition fait qu’il est plus important de les réutiliser que de les réaliser», explique Joan Fontcuberta. Des photographes troquent un Canon contre une souris, des artistes se déclarent photographes sans jamais appuyer sur un déclencheur; c’est la photo 2.0. A Arles, les exemples abondent. Il y a le Suisse Kurt Caviezel qui capture les écrans des webcams du monde, l’Allemand Marco Bohr qui réunit les images de Kim Jong-il en déplacement ou l’Américaine Penelope Umbrico qui constitue des mosaïques à partir des résultats de Google Images pour un mot donné.

La réappropriation est générale et décomplexée. Personne, ou si peu, ne s’encombre de droits d’auteur ou à l’image. Certains y voient même une démarche généreuse: «Je mets en lumière des photos anonymes», assure le Français Thomas Mailaender. Lui colle des clichés piqués sur des poteries faites main ou dans un musée pour poulets.

«Désormais, nous sommes une espèce d’éditeurs, déclare le manifeste qui accompagne l’exposition From Here On . Tous, nous recyclons, coupons et collons, remixons et téléchargeons. Nous pouvons fabriquer des images à partir de n’importe quoi. Tout ce dont nous avons besoin est un œil, un cerveau, un appareil photo, un téléphone, un ordinateur, un scanner, un point de vue.» La grande foire est ouverte.