D’ici à quelques mois, voire années, je sais qu’une image me restera, forte: celle des libraires qui ont livré des livres, parfois à vélo, à leurs clients confinés. Beaucoup ont aussi envoyé des livres par la poste en prenant les commandes par téléphone. Rien n’était rentable dans ces actions. Il s’agissait avant tout de maintenir, même de façon dérisoire, la vie du livre, le feu de la lecture. De rappeler que les librairies sont des lieux de culture et donc de vie, et les libraires, des passeurs de culture. Par-delà les masques, les mots et la pensée circulaient. Et si on pouvait ne pas faire tomber les rentrées financières sous le niveau de la mer, c’était aussi bien.

Stupeur et incompréhension

Aussi, c’est une vague de stupeur et d’incompréhension qui s’est abattue sur le monde du livre en Suisse, durement touché comme on sait, quand le Conseil fédéral a révélé qui pouvait, et qui ne pouvait pas, bénéficier de l’aide prévue par l’ordonnance Covid-19 dans le secteur de la culture. Comme le dit le texte explicatif: «Le champ d’application de l’ordonnance est limité au secteur de la culture. La définition de ce secteur revêt donc une importance particulière.» Eh bien, selon la définition de la Confédération, les éditeurs de livres et les libraires ne font pas partie du secteur de la culture. Alors que, toujours selon cette définition, les exploitants de cinéma ou les gestionnaires de tournées dans le spectacle vivant, oui.