«Pour une loi Lang européenne sur le prix du livre», tel était l'intitulé de la table ronde organisée par Le Temps et l'Association suisse des éditeurs de langue française (ASELF), samedi au Salon du livre de Genève. Le système de prix unique – l'éditeur fixe le prix et le libraire s'engage à le suivre – qui prévaut en Europe est attaqué par la Commission de l'Union européenne pour cause d'atteinte à la concurrence. En Suisse alémanique, où le prix fixe est de rigueur, la Commission de la concurrence à Berne tique également. En Suisse romande, où le prix libre prévaut, l'arrivée de la FNAC remet l'instauration d'un prix unique à l'ordre du jour.

«Si le prix unique venait à disparaître en Suisse alémanique, un tiers des libraires devraient fermer.» Sur l'estrade du Grand Café littéraire, l'éditeur alémanique Hans-Jörg Tobler donne d'emblée le ton. Yvette Jaggi, présidente de Pro Helvetia, réaffirme le soutien de la Fondation à la politique de prix unique: «Le livre n'est pas une marchandise comme les autres. C'est un bien culturel qui nécessite une protection particulière. Le prix unique protège également les auteurs.»

Pour Francine Bouchet, présidente de l'ASELF, un marché du livre romand où régneraient en force les grandes surfaces obligerait les éditeurs à se concentrer sur les valeurs sûres. «Les éditeurs doivent pouvoir rester libres de donner la parole aux auteurs et aux penseurs de ce pays et d'ailleurs.» Damien Malfait, président de l'Association suisse des libraires de langue française, rappelle la nécessité pour les libraires de la prise en compte du coût de la vie en Suisse dans l'instauration d'un prix unique. Alain Gründ, président de l'Union internationale des éditeurs, fait un sort aux idées fausses: «Le prix unique ne tue pas la concurrence, il l'accroît. Il permet aux petits libraires de faire leur métier et aux grandes chaînes de s'implanter dans des lieux excentrés.» En Belgique, le prix libre prévaut. «Toute la chaîne du livre, diffuseurs compris, se prépare à adopter le prix fixe face à l'arrivée de l'euro», explique Jean Vandeveld, président de l'Association des éditeurs belges. Francine Bouchet annonce le lancement d'une pétition «Pour une politique du livre en Suisse romande», mais s'inquiète du relais politique à Berne. «La révision de la Constitution fédérale prévoit un article culturel. Le vote du 18 avril motivera à coup sûr les parlementaires à s'engager pour la culture et le livre», estime Yvette Jaggi.

L. K.