Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Tom Smith: «On n’a toujours pas réalisé le disque qui nous définit. Il existe tellement de groupes dont le premier disque restera à vie comme leur meilleur. Ça ne nous est pas encore arrivé alors on continue à se surprendre nous-mêmes.» 
© Rahi Rezvani

Musique

Editors, mouvement perpétuel

Sixième album en treize ans pour le groupe de Birmingham, qui poursuit ses vagabondages. Peut-être le moins identifiable de tous, mais constellé de vraies perles. Rencontre, avant sa venue ce mardi aux Docks lausannois

L’été 2005 frôlait déjà la canicule, et le Royaume-Uni n’avait pas besoin de ça. Des guitares dures, des lignes de basse solides, une batterie un chouïa trop militaire: The Back Room, le tout premier album d’Editors, poussait d’un cran la température au sol. Un phénomène également provoqué par la présence incandescente de Tom Smith, chanteur au timbre enfoui dans les territoires de Ian Curtis et qui lui valut rapidement le surnom – certes un peu ironique – de Boy Division.

Un groupe facile à identifier et une carrière toute tracée qui se dessinait, parce qu’on peut bien tenir vingt ans avec cette recette-là. Devenir des petits fonctionnaires du rock anglais? Impossible à envisager pour la bande de Birmingham, qui choisit plutôt de voyager au gré de ses inspirations: le rock, donc, mais aussi l’atmosphérique, et un peu l’électronique. Editors a publié il y a quelques semaines un album, Violence, qui n’aidera pas à les enfermer dans une case qui ne fait que s’élargir avec le temps. On les aime ou on les quitte, mais le fait est incontestable: c’est l’ambition créative qui les guide, et rien d’autre.

Définir leur Violence? Une mission tout sauf simple, mais qu’on va néanmoins accepter. Un titre brut, une pochette (pardon, un artwork) où justement tout s’entremêle, et deux premières chansons qui interpellent dès la première écoute. Cold, magnifique ouverture, fausse douceur mais vraie noirceur, avec des paroles habitées pour définir le tragique de l’existence et le fracas des relations amoureuses.

Puis Hallelujah (So Low), un condensé de tout ce que le groupe est capable d’offrir, avec un refrain beaucoup trop agressif et saturé. Un contraste bien évidemment voulu par Tom Smith: «On revenait d’une visite dans des camps de réfugiés en Grèce, avec des gens qui vivaient à même la poussière et dépendaient uniquement de l’aide des autres. Un voyage bouleversant. J’ai écrit les paroles sur-le-champ, on a trouvé une relation intime entre la guitare acoustique et la boîte à rythme, puis notre guitariste Justin Lockey est arrivé avec ce riff dévastateur, et on a su qu’on avait trouvé. On n’a jamais sonné aussi rock, c’était très enivrant.»

Continuer à se surprendre

Le reste navigue au gré des coups de tête. Un morceau-titre minimaliste, mais rempli de parties électroniques très denses dues à la production de Blanck Mass, un artiste électro fan des ambiances transes apocalyptiques. Ou Counting Spooks, sorte de pont entre opéra et techno-dance, un vrai sommet et une piste probable pour l’avenir du groupe. «Il y a deux chansons en une ici. C’est clairement celle qu’on a préféré écrire et enregistrer», affirme le bassiste Russell Leetch.

Le résultat final, pour peu qu’on veuille bien accepter les écarts de conduite et replonger dedans malgré les frayeurs, est plutôt excellent. Les Editors semblent d’ailleurs très satisfaits, selon le jugement de Tom Smith: «On n’a toujours pas réalisé le disque qui nous définit. Il existe tellement de groupes dont le premier disque restera à vie comme leur meilleur, tels les Strokes. Ça ne nous est pas encore arrivé, alors on continue à se surprendre nous-mêmes. Mais on a trouvé ici un équilibre entre la mélodie et la férocité qu’on n’avait jamais connu auparavant. Le son général de l’album est très affirmé.»

Impossible d’accuser les Anglais de préméditation ou de cynisme dans leurs choix de carrière. Déjà parce que c’est une roulette russe bien trop dangereuse pour être répétée à l’infini, et aussi parce qu’ils jurent se laisser porter par leur destin. «On est tous impliqués, certes, mais c’est plus le résultat d’un accident, d’une improvisation. On n’a jamais de discussions du genre: «Bon, vers quelle direction doit-on aller maintenant?» Violence, c’est un accident heureux, qui nous a menés vers le son qui nous plaît à tous à ce moment de notre carrière», jure Leetch. Presque possédés, Tom Smith et ses potes seraient capables d’expliquer des heures le pourquoi du comment des paroles et de la production. Editors, ce n’est pas le genre de groupe à cracher des chansons par dizaines pour ensuite piocher dans le tas. Pour Violence, ils n’ont pas dépassé la douzaine, pour neuf présentes sur la version finale.

Le vol du papillon

Le concert lausannois de ce mardi vaudra clairement le déplacement. La preuve lors de leur passage à l’Olympia parisien le 23 mars dernier. Le public français est sans doute le plus statique du monde, mais là, même les quinquagénaires se sont levés de leurs sièges en velours, c’est dire. «On a perdu beaucoup de fans au moment du troisième album, je pense [In This Light and on This Evening, 2009, ndlr]. C’est perturbant quand tu changes de son aussi souvent. Mais les gens l’ont finalement intégré aujourd’hui, vu qu’on le fait à chaque fois. Donc ça a du sens», dit Tom Smith.

Qui, malgré un charme évident, surjoue un peu ses mimiques de danseur étoile, dans des élans très maniérés qui laissent parfois perplexe (il ne suffit pas de casser les poignets pour évoluer dans la même division que Morrissey). Sauf au moment de Papillon, leur tube éternel, offert ce soir-là en version longue dans un rappel très généreux en titres comme en temps. Papillon, symbole d’un groupe qui vole toujours au hasard, sans trop savoir lui-même où il va finir par se poser.


Editors, «Violence» (Play It Again Sam/Musikvertrieb). En concert le mardi 24 avril à Lausanne, Les Docks (complet).

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a