Cinéma

«Edmond» foule aux pieds le panache de Cyrano

Tablant sur la popularité de la pièce d’Edmond Rostand, cette comédie raconte la genèse de «Cyrano de Bergerac» sans se soucier de vraisemblance historique et littéraire. Le bretteur au gros pif mérite mieux que cette insipide tisane

On est en décembre 1897 et Edmond Rostand traverse une grave crise d’inspiration. Il propose à Coquelin, le fameux comédien, de tenir le rôle principal de sa nouvelle pièce. Il lui reste moins d’un mois pour l’écrire. Le triomphe de Cyrano de Bergerac sera à la hauteur du défi.

Réalisé d’après sa propre pièce par Alexis Michalik, comédien (Kaboul Kitchen) et auteur dramatique à succès (Le porteur d’histoire, Le cercle des illusionnistes), Edmond relève de la foutaise démagogique absolue. Cyrano de Bergerac étant l’œuvre la plus populaire du théâtre français, pourquoi ne pas broder sur sa création, fût-ce au mépris de toute réalité historique? Le film pose le principe qu’Edmond Rostand est en panne depuis deux ans. C’est ignorer La Samaritaine. Evangile en trois tableaux, en vers, créée en avril 1897. C’est faire croire, selon une logique macronienne, qu’il suffit de retrousser ses manches pour réussir, pour écrire 1600 vers en trois semaines…

Le film carbure à l’illusion rétrospective. Dans Les mots, Sartre analyse ce biseautage biographique selon lequel l’avenir est plus réel que le présent. Connaissant le futur des grands hommes, on se réjouit de croire que le jeune Miguel Cervantès ait vu un vieux fou en armure juché sur une haridelle près d’un moulin à vent. Sachant que la première de Cyrano, le 28 décembre 1897, a été un triomphe, on savoure les difficiles épreuves conduisant Edmond à l’apothéose! Vingt minutes de standing ovation! Légion d’honneur en coulisses! Sarah Bernhardt en transe! Courteline et Feydeau, les rivaux arrogants, venant à résipiscence! Que cela est beau et émouvant!

Moustache retroussée

Propageant la sotte croyance selon laquelle l’art imite la vie, Michalik invente un bistrotier incarnant la fougue du mousquetaire à gros pif. Lorsque Coquelin lui demande un échantillon, l’auteur dramatique improvise la tirade des nez. Un masque vénitien lui donne l’idée de la protubérance nasale. Un tableau alpestre lui inspire «C’est un roc!», un oiseau en cage «De tendre ce perchoir à leurs petites pattes?». Avec Léo, un comédien beau mais sot, il recrée le couple Christian-Cyrano: planqué dans l’ombre, Edmond souffle les mots d’amour à son copain qui les redit avec succès à la costumière chère à son cœur.

Dans le rôle de Coquelin, Olivier Gourmet a l’emphase et l’orgueil histrioniques requis. Quant au reste de la distribution… Clémentine Célarié en Sarah Bernhardt, il ne faut pas craindre le ridicule. Le comble est atteint avec Thomas Solivérès, 28 ans, une tête à baffes qu’on a dans le pif depuis Spirou et Fantasio dans lequel il compose un groom plein de morgue et de vanité. Affublé d’une moustache retroussée, le freluquet fait un Edmond Rostand particulièrement insipide. Il ne reste qu’à revoir Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, avec Gérard Depardieu, pour renouer avec la grandeur du verbe et du cinéma.


Edmond, d’Alexis Michalik (France, Belgique, 2019), avec Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, 1h50.

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