La scène, à la Mostra de Venise l'an dernier, était tellement touchante. Edoardo Ponti, le fils aîné, né et élevé à Genève, de Sophia Loren et du producteur Carlo Ponti, présentait son premier long métrage hors compétition: Between Strangers, une production américano-canado-italienne, tournée à Toronto, modèle de film choral bien-pensant où les destins de trois femmes s'entrecroisent avant la rédemption finale de tous les personnages sans exception. Et La Sophia montait au front, sur le Lido, pour défendre son fiston avec des arguments de maman. «Quand il m'a donné son script, il y a environ deux ans, Edoardo avait 27 ans, déclarait-elle en conférence de presse. Contrairement à Scola à l'époque d'Une Journée particulière, mon fils a encore beaucoup de chemin à parcourir. Ce n'est que le début de sa carrière! Pendant tout le tournage, j'ai regardé ce cinéaste et je me suis dit que je l'avais mis au monde. Il était là, mon fils, mon meilleur ami, à me guider dans la plus belle des expériences de tournage.»

Dommage que, à l'arrivée, cette aventure familiale vire au pensum insupportable. Between Strangers prétend, notamment, que le talent artistique est héréditaire – alors que, manifestement, il est trop lourd à porter pour Edoardo Ponti. Pire, ce film est l'exemple même de la coproduction pudding: interprété, en anglais, par Sophia Loren donc, ainsi que par les Américaines Mira Sorvino et Deborah Kara Unger, l'Allemand Klaus Maria Brandauer, les Britanniques Pete Postlethwaite et Malcolm McDowell et le Français Gérard Depardieu! Où va l'identité d'un film quand elle se laisse écarteler ainsi, sans être retenue par une mise en scène trop lâche? Nulle part. Débutant tiraillé par des intérêts financiers d'origines diverses, Edoardo Ponti, dont c'est le deuxième film, n'a plus que l'épaule de maman pour se consoler.

Between Strangers, d'Edoardo Ponti (Canada, Italie, USA 2002), avec Sophia Loren, Mira Sorvino, Deborah Unger.