Edouard Glissant s’est éteint tôt jeudi à Paris des suites de problèmes cardiaques à l’âge de 82 ans. Le poète et romancier martiniquais a, sa vie durant, mêlé poésie et politique, engagement et écriture. Opposant au colonialisme, à la guerre d’Algérie, assigné à résidence sous de Gaulle pour son activisme politique, Edouard Glissant a porté haut le refus de toute pensée dominante, œuvrant dans ses textes poétiques et ses romans pour une ouverture à un monde englobant la diversité.

Né à Sainte-Marie, dans le nord de la Martinique, il part étudier la philosophie à la Sorbonne à Paris, en 1946. Docteur en lettres, il obtient le Prix Renaudot en 1958 pour «La Lézarde», son premier roman, qui pose d’emblée le refus du colonialisme des pensées et de la culture. Une consécration qui n’empêchera pas son expulsion de la Martinique par le régime gaulliste et son assignation à résidence surveillée en France quelques années plus tard.

En 1961, il publie une pièce de théâtre «Monsieur Toussaint» et, en 1964, un deuxième roman, «Le Quatrième Siècle». Il rentre en Martinique en 1965. Recueils de poèmes, amples cycles romanesques («Malemort», «La Case du commandeur», «Mahagony») et essais («L’Intention poétique», «Le Discours antillais», «Poétique de la relation») irradient auprès des écrivains et intellectuels antillais (Patrick Chamoiseau) et dans le monde entier.

En 1989, il est nommé professeur à l’Université d’Etat de Louisiane où il dirige le Centre d’études françaises et francophones. Depuis 1995, il était également professeur de français à la City University of New York.

Edouard Glissant, qui n’a eu de cesse de changer le regard sur centres et périphéries, qui voyait dans les marges les lieux d’une réinvention du monde, enfin ouvert au cosmos et au chaos fertile, était, le 21 mars 2009, l’invité de la Maison de la littérature à Genève pour la Journée internationale de la poésie avec le Théâtre Saint-Gervais et l’Institut du Tout-monde à Paris. Deux jours avant, il s’était entretenu avec Michel Butor à l’Université de Genève dans le cadre de la 14e Semaine de la langue française et de la francophonie.

A lire: «Tout-monde», Gallimard, 1995«Poèmes complets», Gallimard, 1994«L’Intraitable Beauté du monde. Adresse à Barack Obama» (avec Patrick Chamoiseau), Galaade, 2009