Journal d’un raté est un texte qui avait ravi Paris à sa parution en 1982. Edouard Limonov, encore jeune, traînait déjà une formidable réputation d’aventurier à sa suite. Tout pour fasciner. Il avait été petite frappe en Ukraine, poète dissident des bas-fonds russes, puis il était parti, brusquement, aux Etats-Unis. Débarqué à New York, il y avait connu la misère avant de se couler dans le rôle de majordome de millionnaire, témoignant d’une faculté d’adaptation hors du commun.

Débarqué à Paris, armé de son énergie, il se taille une réputation dans les lettres, inaugurée avec fracas par Le poète russe préfère les grands nègres (Ramsay, 1979). «Ce n’est pas au premier chef son talent d’écrivain qui m’a impressionné», écrit Emmanuel Carrère qui le découvre dans les années 1980. «Ce qu’il racontait, c’est-à-dire sa vie, me faisait plus d’effet que sa façon de la raconter. Mais quelle vie! Quelle énergie!»

Dans les noires années 1980, la hargne un peu punk de Limonov fait mouche: «La dépravation absolue, en somme», écrit Limonov dans Le Journal d’un raté à propos d’une femme. «La voilà qui endosse sa fourrure sur son corps nu et se pointe au restaurant avec une rose ou autre chose dans les cheveux, et elle fait du scandale, et les hommes se battent à cause d’elle, la diablesse. Le sang coule, les glaces volent en éclats, beaucoup de smokings sont déchirés, et des fracs.» Le Dilettante réédite le Discours d’une grande gueule coiffée d’une casquette de prolo. E n 2009, Actes Sud avait publié Mes Prisons .