Difficile de faire son trou dans le petit monde de la chanson francophone. Malgré une image de romantique moderne, la tutelle bienveillante d'un producteur connu et une campagne de promotion plutôt soutenue (spots radio, publicité dans la «grande presse» et bande-annonce sur le Net), Edward Desyon risque de flotter quelque temps encore dans le costume de «révélation» que son conquérant label a taillé pour lui.

Une solide formation

Sur le papier pourtant, les références ne manquent pas. Jeune trentenaire, le Franco-Suisse dispose d'une solide formation musicale: diplôme du Conservatoire de Genève, perfectionnement dans les très sérieuses Universités de Boston, pour une licence en «Musique Lettres», et d'Harvard, pour un master en «mixologie». Bagage théorique enviable, doublé d'une bonne dizaine d'années de pratique au sein de diverses formations du cru lémanique (Joyeux Hippies, Head Cleaners). Mais l'atout le plus spectaculaire d'Edward Desyon, c'est la présence de David Richards aux manettes. Coproducteur de l'album Sans les mains, l'homme est un véritable porte-clés ambulant. Et son passé chargé (il fut notamment responsable du son de Bowie, Queen, Duran Duran ou Françoise Hardy) fait indiscutablement figure de sésame suprême pour un artiste «en devenir».

Reste que l'objet central du débat, une galette CD de 13 titres (plus une chanson fantôme plutôt réussie) baptisée Sans les mains, n'est pas tout à fait à la hauteur du générique. Ampoulé dans sa forme, quasiment monothématique sur le fond (ah! l'amour, toujours l'amour), cet inégal second essai – après l'autoproduit Black Coffee & a Sidecar en 1994 – dépasse rarement les canons d'une «variété-pop» bien achalandée, mais banale.

Fidèle à lui-même

«C'est vrai qu'il y a peut-être des choses à changer sur cet album, convient le chanteur. Mais je le revendique pleinement, dans la mesure où il est le reflet fidèle de ce que j'étais au moment de l'écrire.» Louable sincérité qui n'empêche pas Sans les mains de paraître calibré pour la «play-list» des stations FM. Mis à part une poignée de titres à la séduction moins fugace («Empoisonné», «Tout cet amour-là», «Reste encore un peu»), l'ivraie submerge largement le bon grain. Ce qui, aux dires du «management» d'Edward Desyon, n'aurait pas empêché les programmateurs du Montreux Jazz Festival de retenir, cette année, la candidature du jeune chanteur. Nouvelle, encore au conditionnel, qui aurait sans doute ravi le regretté Emile Coué.

Edward Desyon: «Sans les mains» (Cool Cat/Disques Office).