Helmsdale, en Ecosse. Un petit village au nord d’Inverness avec tous les clichés qu’on peut espérer des Highlands: falaises, port de pêche, ciels magiques au printemps, collines et plages, gamins qui jouent au foot après l’école. Sur les hauteurs, un studio façon maison d’architecte avec baie vitrée panoramique et terrasse en bois, superbe. C’est ici que vit désormais Edwyn Collins, une des grandes figures du rock écossais. Ici qu’il a écrit et enregistré Badbea, son nouvel album, le neuvième, du nom d’une bourgade fantôme située 10 kilomètres plus au nord, où les fermiers connurent une vie extraordinairement rude au XVIIIe siècle. La légende raconte que les jours de mauvais temps, il leur fallait attacher les enfants à un piquet ou à un rocher pour éviter que la tempête ne les emporte en pleine mer. Qu’il puisse encore vivre dans ce cadre enchanteur et nous rapporter de telles histoires est un pur miracle. Le mot n’est pas trop fort: Edwyn Collins est toujours en vie, il fêtera son soixantième anniversaire cet été alors que tout semblait perdu il y a quinze ans de cela.

Grace Maxwell, son épouse, l’avait découvert inconscient, gisant au sol de leur domicile un soir de février 2005. Une hémorragie cérébrale venait de le frapper, pour des dégâts irréversibles et des médecins au premier diagnostic lapidaire: «Il faut attendre trois jours pour commencer un premier traitement. Enfin, si toutefois il s’en sort. Si certains de ses proches doivent se trouver auprès de lui avant la fin, vous feriez bien de les contacter au plus vite.» Suivit une deuxième hémorragie cinq jours plus tard, a priori fatale. Edwyn Collins survécut on ne sait trop comment à cette seconde agression, après dix jours de coma. Il fut ensuite hospitalisé plusieurs mois pour amorcer une très lente reconstruction.