Livres

Effets très spéciaux

En 1954, au Japon, Eiji Tsuburaya est absorbé par la création de Godzilla, l’un des plus grands monstres du cinéma. Autour de lui, tout vacille

C’est un livre si délicat qu’il faudrait le lire à la lueur des lampions de papier mâché que l’épouse d’Eiji Tsuburaya suspend à leur maison tokyoïte pour la Fête des étoiles. C’est le soir de l’anniversaire de leur rencontre et Masano attend le retour de son mari avec un plat de pâtes soba. Il ne rentrera pas à temps.

Maître des miniatures à la tête du département des effets spéciaux de la Toho, maison de production de cinéma, Tsuburaya est dépassé. Il a deux mois pour donner forme à Gojira, un monstre préhistorique tiré des abysses de son sommeil par les essais nucléaires menés dans le Pacifique. Cette créature, c’est le futur Godzilla, que Tsuburaya rêve à la mesure du King Kong de Willis O’Brien, dont la maîtrise l’obsède. Absorbé par la concentration que requiert cet art de la minutie, pressé par les impératifs économiques de la Toho qui se relève péniblement du plan de guerre, Tsuburaya néglige sa famille.

Tokyo en flammes

Bien que tout tende vers l’illusion, tout est vrai dans Le Maître des miniatures, écrit dans la rigueur des documents historiques. Du cascadeur suant sous la carcasse du monstre au trauma de la bombe atomique, de la maquette de Tokyo en flammes aux souvenirs du tremblement de terre de Kanto, Jim Shepard compose, dans l’économie des effets de style, une diapositive sensible du Japon éreinté d’après-guerre. Comme si la miniature décuplait, dans son intensité comprimée, l’immense variation des sentiments humains.


Jim Shepard, «Le Maître des miniatures», traduit de l’anglais par Hélène Papot, Vies Parallèles

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