Une coproduction germano-australienne sur la Piazza Grande, voilà sûrement une première! En direct du Festival de Sydney, Lore, deuxième opus de l’Australienne Cate Shortland (après Somersault, 2004) en aura surpris plus d’un. Mais quelle mouche a donc piqué cette cinéaste pour aller tourner en Allemagne un film sur la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui plus est se situant du côté allemand?

On s’en serait douté, elle s’est inspirée d’un livre: The Dark Room de Rachel Seiffert (2001), romancière britannique d’origine… germano-australienne. Ce qui n’enlève rien à l’originalité du point de vue, celui d’une fille d’officier SS qui, en 1945, après la mort de Hitler et la reddition de ses parents, se lance à pied avec ses quatre frères et sœurs cadets pour rejoindre leur grand-mère à l’autre bout du pays. Durant cette odyssée qui les mène de la Forêt-Noire à une île du Schleswig-Holstein, ils devront faire face à bien des dangers et des horreurs. Et Lore sera amenée à remettre en question tout ce qu’elle a appris.

Superficiellement, on peut penser aux Egarés, beau film d’André Téchiné. Sauf que le regard est ici indubitablement féminin. Chez quel homme verrait-on des femmes qui se mirent le sexe, saignent entre les jambes, pissent dehors, donnent le sein et vivent dans la peur d’être violées? Mais aussi autant de plans «poétiques» aux couleurs saturées, de plantes ou de jeux de lumière? Quelque part entre Jane Campion et Lynne Ramsay, Cate Shortland se cherche encore un style, abusant des plans chaloupés à la caméra portée.

Brutale perte d’innocence

Ce qui accroche malgré l’agacement suscité par cette mise en scène chichiteuse, c’est le sujet: la brutale perte d’innocence d’une jeune fille victime d’un endoctrinement. Car c’est bien d’une famille de petits nazillons qu’il s’agit. Lorsque Lore (Saskia Rosendahl, sorte de Michelle Williams germanique) croise un jeune homme juif qui leur vient en aide, son racisme mêlé d’attraction sexuelle est écœurant. Et quand ce dernier tue un homme à peine menaçant, on se dit que la cinéaste nage vraiment en eaux troubles. Mais c’est justement ce qui fait le prix de son film, qui se préoccupe «in fine» de morale. Lorsque tous vos repères s’effondrent, que gentils et méchants s’inversent, que la survie et le crime sont devenus quotidiens, comment trouver en soi les bases d’un redressement? Depuis Allemagne, année zéro de Roberto Rossellini, ils ne sont pas si nombreux, ceux qui ont su parler de cela.