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«Egypt 3000», l’archéologie contemporaine d’Olivier Cablat

Aux Rencontres photographiques d’Arles, l’artiste explore une part de l’identité égyptienne, ses fantasmes et ses constructions

La démarche est méthodique. Olivier Cablat a étudié les Effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique (Ed. First), soit le remix d’un album Panini selon les coupes de cheveux, la forme du visage ou l’humeur manifeste des footballeurs. Il a traqué les pick-up tahitiens et les vitrines des clubs d’immigrés turcs à Berlin. A Arles cette année, il propose deux autres projets obsessionnels.

Typologie des temples

Ancien élève de l’Ecole nationale supérieure de la photographie et exposé à ce titre dans le cadre des Rencontres, il présente Egypt 3000, vision contemporaine et ironique du pays des pharaons, confrontation des folklores touristiques et scientifiques. «En 2003-2004, j’ai travaillé pour le CNRS à Karnak; j’étais chargé de photographier les découvertes des archéologues. Le reste du temps, j’ai appliqué la même méthode aux objets du quotidien.» Soit un paquet de chips trouvé dans la rue, une boîte d’allumettes ou une cassette audio immortalisés sur un banc de reproduction et crédibilisés d’un titre à la rigueur toute scientifique.

A côté de ce recensement, une typologie des temples peints sur les murs des magasins, administrations et abribus, trompe-l’œil chatoyants qui ne trompent personne. «Cela peut sembler anecdotique, mais ces décors racontent le lieu où ils se trouvent. A Alexandrie, les temples sont gréco-romains et non égyptiens», souligne Olivier Cablat. Plus loin, des clichés aux titres empreints d’humour, appels à l’interprétation: L’allégorie de la caserne pour une scène entièrement recomposée et emplie de soldats, Voile pour une voiture bâchée… Enfin, un ordinateur dévoile un programme reliant les illustrations obtenues en tapant «pyramide» sur Google. Un livre aux Editions RVB reprend le concept. Défilent les monuments égyptiens, la pyramide du Louvre ou celle de Marlow.

Egalement investi dans le off du festival, Olivier Cablat a exposé son dernier travail à la galerie 2600, un supermarché reconverti. Dans des cadres achetés en promotion, carrés et rectangles plus ou moins grands, il s’est débrouillé pour loger des photographies évoquant les lieux de son enfance, une zone commerciale proche de Marseille. «Avec le numérique, les images ont plusieurs vies. Tout est prétexte à créer», conclut le «photographe documentaire expérimental». Un égyptologue dont la pierre de Rosette serait la distance à la réalité.

Egypt 3000, Parc des Ateliers, Arles. Jusqu’au 23 septembre.

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