L’Espagne a exulté. La semaine passée, la publication d’une comparaison internationale a consacré le pays comme le champion du monde des bars. Avec une densité de trois estaminets pour 1000 habitants, les Espagnols surplombent le monde des confidences au zinc et des petits verres pour la route. Comme pour fêter l’événement, sur l’île de Grande Canarie, la ville de San Bartolomé de Tirajana – qui détient, elle, le record national – a inauguré une statue en l’honneur de l’adorable figure du soiffard, ici accoudé au bar.

L’enfer du bistrot confiné

C’est dans ce contexte de convivialité attablée que le Festival du film fantastique de Neuchâtel montre le dernier film d’Alex de la Iglesia, El Bar. En 15 longs-métrages, dont Crimen ferpecto ou Mi Gran Noche, l’Espagnol s’est imposé comme un orfèvre des univers précis et révélateurs de travers humains. Il réussit l’exercice avec maestria dans son dernier film, à huis clos.

Alors qu’un sniper tire sur ceux qui sortent, les clients d’un bar du centre de Madrid se retrouvent à coexister dans la terreur. La belle égotiste en mal d’amour, le geek, le clodo prédicateur, l’homme d’affaires ou la dame aux machines à sous doivent faire front. Ce en quoi ils échouent, bien sûr.

Etre humain, c’est tout le problème

S’emparer du thème éculé de la crise suscitée par la promiscuité n’a rien d’évident. Alex de la Iglesia corse le cocktail avec une hypothétique histoire de virus, mais ne dévie pas de l’axe central, ce qui grandit le film. D’abord badin, avec des scènes parfois hilarantes, le ton change ensuite, ce qui exprime le pessimisme fondamental du cinéaste. Mais à aucun moment il ne change vraiment de ligne de route, en maître de ses marionnettes parfois bienveillantes, souvent cruelles. «Nous sommes des êtres humains», lance la patronne du café. En définitive, c’est bien le problème.


«El Bar» au Festival du film fantastique de Neuchâtel, mercredi 5 à 19h45.


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