Le nouveau long métrage d’Elia Suleiman, le premier depuis Le Temps qu’il reste il y a dix ans, sort le 25 décembre. Et il s’agit bien d’un cadeau. Dévoilé en mai dernier à Cannes, il est l’œuvre d’un poète lunaire, d’un observateur taiseux, d’un Pierrot qui quitterait soudainement la commedia dell’arte pour entrer dans un film de Buster Keaton. It Must Be Heaven est une succession de tableaux silencieux composés de plans fixes et de champs-contrechamps, et qui vont voir un homme promener sa silhouette de clown triste entre Nazareth, Paris et New York. Le cinéaste y joue son propre rôle, celui d’un réalisateur en quête de financement.

A Cannes, on avait vu le Palestinien très ému au sortir d’une longue standing ovation. La manière dont il rend compte dans son film des absurdités du quotidien et des dérives sécuritaires qui découlent du chaos généralisé rend son cinéma aussi universel qu’humaniste. Il y a chez lui du Jacques Tati, même si son personnage reste un pur observateur, là où Monsieur Hulot était partie prenante du récit. Suleiman est finalement dans une position de spectateur, nous invitant à regarder à ses côtés ces policiers zélés, ces Américains armés ou ces touristes paumés.