Eliane Vernay

Traverser la Mémoire

Ed. Luce Wilquin, 140 p.

Comment parler de ceux qui nous quittent? Au chevet de sa mère mourante, Eliane Vernay se pose la question. Elle répond en écrivant. «Ecrire ta mort pour l'exorciser, m'en protéger aussi peut-être, me préserver?» Au fil des pages revivent les souvenirs, le long dialogue d'une mère et d'une fille: «Comment puis-je aujourd'hui nous sentir au fond si proches, toi l'être de la mesure et de la raison, moi celui de la démesure et de l'excès?» Dans un récit intitulé Bleu minéral, mortel (1992), l'écrivain – qui fut aussi l'éditrice de nombreux textes poétiques d'auteurs romands parmi lesquels Luiz-Manuel, Olivier Perrelet, Albert Py, Jacques Roman – avait dit jusqu'où peuvent aller cette démesure et cet excès. Mais le temps des affrontements est terminé. Eliane Vernay se rappelle l'enfant qu'elle fut, en faisant des «merveilles», ces beignets qu'on connaît bien en Suisse romande. C'est du reste en regardant «une petite tête douce contre moi, cheveux veloutés, bouche au sein» que l'auteur prend congé de sa mère, au terme d'un long poème en prose, où l'acceptation de la mort se mêle à l'éloge d'une vie attentive à tous les bonheurs de l'existence.