Premier long métrage d’Elie Grappe, Olga est un film d’une sidérante intensité. Présentée en première mondiale l’été dernier à la Semaine de la critique du Festival de Cannes, sortie dans en salle à l’automne, cette coproduction franco-suisse connaît aujourd’hui une nouvelle exposition liée à la tragique actualité de la guerre en Ukraine, ses vendeurs et distributeurs ayant décidé d’en faire un outil de levée de fonds. Tourné entre Kiev et le Centre national de sport de Macolin avec un casting non professionnel, le film raconte l’histoire d’une jeune gymnaste ukrainienne se réfugiant en Suisse au moment de la révolution pro-démocratie de 2013-2014.

Notre critique: «Olga», la médaille ou la liberté

Anastasia Budiashkina, qui interprète Olga, est réellement gymnaste, mais le récit est, lui, une pure fiction. L’Ukrainienne n’a pas comme son personnage un père d’origine suisse, et sa mère n’est pas une journaliste menacée par un gouvernement conservateur et en partie pro-russe, celui de l’avant-Volodymyr Zelensky. Mais par la manière qu’il a de flirter avec le réel et une esthétique qui peut rappeler le cinéma-vérité, le film dit quelque chose de ce pays aujourd’hui attaqué par la Russie.

Se confronter aux images de la guerre

Lundi soir, Elie Grappe était à Vilnius, où Olga avait déjà été montré dans le cadre du Festival du film de sport, pour deux séances spéciales organisées par le Comité olympique lituanien en soutien au peuple ukrainien. En Grande-Bretagne, où une vraie sortie aura lieu ultérieurement, ce sont carrément quelque 400 salles indépendantes organisées en réseau qui proposent des projections dont les recettes sont reversées au Disasters Emergency Committee, en Ukraine. «Je suis très reconnaissant envers les distributeurs pour cet engagement, salue le diplômé de l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne). Olga a déjà vécu sa vie depuis l’été passé, et la seule chose qui compte aujourd’hui, c’est que le film puisse être utile à lever des fonds. Et peut-être peut-il aussi rappeler que la guerre menée par Poutine n’a pas démarré il y a un mois, mais il y a huit ans, avec l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass… Il faut que la curiosité des specteurs commence en Europe à se porter sur les réalisatrices et réalisateurs ukrainiens qui, comme Kateryna Gornostai, Artem Iurchenko, Masha Kondakova ou Nikon Romachenko, font depuis 2014 un travail fabuleux et nécessaire pour élargir nos représentations de leur pays.»

Depuis le 24 février, les médias et les réseaux sociaux sont inondés d’images qu’on aimerait ne pas voir. «Mais il faut les voir», insistait samedi dernier Elie Grappe lors d’une table ronde qui l’a vu converser avec Bettina Oberli et Fred Baillif à l’invitation des Rencontres 7e art Lausanne et du Temps. «Le flux des images qui nous parviennent peut générer une habitude, voire une méfiance, mais on ne doit pas occulter la réalité derrière celles-ci: des gens et leur vie empêchée, des morts dans les deux camps, le théâtre de Marioupol bombardé par l’armée russe alors qu’elle sait que des enfants y ont trouvé refuge. Il faut que nous restions éveillés, il faut continuer de participer aux dons et aux collectes, et se préparer à accueillir sans discrimination les réfugiés et réfugiées qui arrivent.»

De gymnaste à acrobate

Ce vendredi soir seront décernés à Zurich les Prix du cinéma suisse. Olga est en lice dans trois catégories – meilleur film de fiction, meilleur scénario et meilleur son. Si Anastasia Budiashkina n’a pas pu être nominée, les comédiens étrangers n’étant pas éligibles, contrairement aux règlements des Césars et Oscars, elle sera par contre bien présente à la cérémonie. Après avoir fui l’Ukraine et trouvé refuge en Pologne, elle est désormais en Suisse, se réjouit Elie Grappe. «Elle est en bonne santé. Elle a arrêté la gymnastique pour le cirque et cherche désormais un travail comme acrobate. Sabrina Rubtsova, qui interprète dans le film son amie Sasha, se trouve quant à elle à Biebesheim, en Allemagne, avec sa mère.»

Né à Lyon en 1994, Elie Grappe vit en Suisse depuis ses 17 ans. «Ces nominations sont pour moi l’occasion de remercier la centaine de personnes qui ont travaillé sur Olga, et ce n’est pas anodin, dit-il. Avec ce film, je suis fier de faire partie de ce cinéma suisse si vivant! Cette cérémonie donne l’occasion au milieu de se rassembler, d’échanger, et en cette période cela me semble important.»

Portrait du réalisateur: Elie Grappe, genèse d’un regard