Aussi belle que grande, dotée d’une voix soyeuse et enveloppante, Elina Garanca a conquis le public, jeudi soir au Victoria Hall de Genève (un concert des Amis de l’OSR). Accompagnée par son mari, Karel Mark Chichon, la mezzo-soprano lettone affiche des moyens impressionnants. Le timbre est homogène sur l’ensemble de la tessiture. Elle ne pousse jamais la voix, mais laisse l’émotion surgir de l’intérieur, s’appuyant sur des graves profonds et un médium ambré. Autre qualité: les aigus ne sont jamais stridents. On peut donc l’écouter sans se crisper.

Il lui faut tout de même un certain temps pour se chauffer. La première partie se veut recueillie, avec des pièces au caractère religieux ou contemplatif. Karel Mark Chichon a lui-même arrangé quelques-unes de ces pièces, comme l’«Aria» de la Suite N° 3 de Bach. Le style est un peu lacrimoso… Le regard grave, Elina Garanca chante Repentir de Gounod et l’Ave Maria de Vladimir Vavilov (très sentimental, d'un goût douteux) avec une belle pudeur. Elle émeut dans le «Pace, pace, mio Dio!» de La Force du destin de Verdi. Ce n’est pas une torche vive, à la Callas, mais un feu qui sourd de l’intérieur, avec des aigus magnifiquement placés.

En seconde partie, Elina Garanca s’abandonne à la douleur de «Voi lo sapete, O mamma» de Cavalleria rusticana de Mascagni. Dès les premières notes, on est pris aux tripes; elle va puiser en elle, avec ce jaillissement vocal à partir des graves. Elle campe une Carmen noble, sans vulgarité («La Chanson bohème»). Puis ce sont des airs de zarzuelas espagnoles magnifiquement enlevés! Karel Mark Chichon est un chef inégal. Il possède une certaine sensibilité, mais il a tendance à trop en faire. Il se montre plus à l’aise dans Elgar (Nimrod), Ponchielli («La Danse des heures» de La Gioconda) que dans Verdi (L’Ouverture de La Force du Destin).