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Elisabeth Moss, femme de l’année

Arte diffuse dès ce jeudi la deuxième saison de «Top of the Lake», la série de Jane Campion. Après son rôle de résistante dans l’anti-utopie «The Handmaid’s Tale» et celui de journaliste coriace dans le film «The Square», l’actrice de 35 ans incarne une belle forme d’affirmation féminine

Dans la série Top of the Lake de Jane Campion en 2013, une scène étonnante se déroule dans un bar enfumé de Nouvelle-Zélande. Robin (Elisabeth Moss), une spécialiste des crimes sexuels, enquête sur la disparition d’une gamine de 12 ans, enceinte. Les spectateurs ont appris qu’elle-même a été violée, ado, dans cette ville. Dans le bar ce soir-là, elle joue aux fléchettes avec un homme du coin. L’un de ses violeurs est dans la salle. L’air vicié est saturé de testostérone. Elle harangue la meute de mâles, puis lance une fléchette dans l’épaule de son adversaire. Aïe.

Top of the Lake revient ce jeudi sur Arte pour sa deuxième saison, China Girl, et avec elle, Elisabeth Moss en femme hantée autant que coriace. Gâchée par une surenchère finale, la première Top of the Lake avait au moins offert un contexte original, et ce beau personnage de Robin.

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Dans cette deuxième livraison, le côté foutraco-intello-marginal de Jane Campion semble gonfler. Entre autres, il y a le cadavre d’une prostituée asiatique ramenée par l’océan dans une valise, la fille biologique de Robin vivant avec une mère colérique, mariée et lesbienne (Nicole Kidman), et un faux philosophe allemand enseignant l’anglais obscène dans un bordel, que veut épouser ladite fille.

D'abord, une étincelle permanente à Washington

Mais revoilà Elisabeth Moss, dans une nouvelle apparition qui consacre sa glorieuse année. En 2017, l’actrice californienne a déjà brillé dans la série d’anti-utopie The Handmaid’s Tale, d’après La Servante écarlate de Margaret Atwood; puis dans le film du Suédois Ruben Östlund The Square, Palme d’or à Cannes; enfin, l’année se clôt avec Top of the Lake. En ces mois marqués par des mouvements tectoniques dans les relations hommes-femmes, Elisabeth Moss impose sa personnalité de petite dame tenace.

A 35 ans, elle aligne déjà une quarantaine de films et une petite vingtaine de séries. Elle se fait remarquer, dès 1999, dans The West Wing (A la Maison-Blanche), où elle incarne la remuante fille du président Bartlett, le sérieux Martin Sheen. Le créateur Aaron Sorkin lui donne le statut de l’étincelle permanente dans ce monde râpeux, si masculin. Elle s’amourache d’un assistant du président qui bafouille chaque amorce de phrase, alors qu’elle virevolte et échappe au carcan des armoires à glace qui l’encadrent en permanence.

Dans «Mad Men», elle fait sa place

La révélation auprès du grand public vient avec Mad Men, dès 2007, pendant sept ans. Elle incarne Peggy Olson, qui se hisse au rang de créative dans une agence de pub des années 1960. Elle évolue dans ce milieu de bellâtres gorgés d’after-shave et de whisky, ainsi que de vieux machiavels du consumérisme à l’entrejambe encore remuant.

Peggy n’a pas les arguments galbés et mammaires des pin-up qui tournicotent autour de ses patrons. Elle n’a pas non plus le glamour ravageur de Joan (Christina Hendricks), laquelle s’affirmera aussi, à sa manière. Peggy se débat, se confronte, affronte les parleurs, chute, se relève. Elle gagne son espace centimètre par centimètre. Au Guardian, Jane Campion a récemment décrit l'actrice comme «celle qui sait dire non. C'est important dans cette industrie, ne pas craindre de contrarier les gens.» A la vie, à l'écran.

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Bras de fer autour d'une capote

Car Elisabeth Moss insiste dans la figure de la résistance. Dans The Handmaid's Tale, son personnage, cantonné dans la classe des femmes-utérus devant produire des enfants au bénéfice des puissants stériles, se souvient des années de liberté, et rêve de la retrouver.

The Square la montre d’abord en journaliste intimidée face à un prestigieux directeur de musée à Stockholm. Les spectateurs se souviennent de cette scène où, après avoir couché avec le penseur de l’art contemporain, elle demande le préservatif pour le jeter proprement dans la poubelle. Il refuse, convaincu qu’elle voudrait lui faire un enfant dans le dos. Elle tient bon face au pédant prétentieux, s’accroche à la capote, et gagne. Le pouvoir de genre change de camp à la faveur d’un étirement de latex.

Dans la nouvelle histoire de Top of the Lake, Robin doit faire équipe avec une novice interprétée par Gwendoline Christie, la colossale guerrière de Game of Thrones. Cette fois il y a une femme armoire à glace, tandis que Elisabeth Moss s’affirme à nouveau. Désormais, elle planche sur un projet de série. La sienne.


«Top of the Lake». Arte, dès ce jeudi, 20h55.


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