Son journal intime a des accords à chaque page. A 14 ans, quelque part entre le Chili de sa naissance, son Angleterre maternelle ou Paris, Elizabeth Marchand formule un vœu osé: «Ecrire une chanson par jour». Prescription chantée qui rejoint aujourd'hui sa descendance au générique de Stepping Stones. Collection délicate de ballades anglophones exposant en pleine lumière le répertoire secret d'une artiste pudique.

«J'ai toujours écrit des chansons pour moi. Mais je n'avais jamais envisagé qu'elles puissent être diffusées.» Educatrice de la petite enfance établie à Genève, songwriter autodidacte, Elizabeth Marchand se sait exclue des milieux musicaux. Petit à petit, cependant, au gré des rencontres, sa voix capturée sur bande s'en vient titiller quelques lobes avertis.

Ceux d'Antoine Bellwald d'abord, qui reloge sa chanson «Circle» au sein de son projet synthétique «El Peter Waldo Experience». Ceux de Charles Wicki ensuite, mégaphone de Der Klang qui prend en charge la mise en sons de ses chants câlins. En deux semaines de répétitions et d'enregistrement, sublimées par un quatuor acoustique à la parcimonie bienheureuse, les chansons d'Elizabeth Marchand confient au disque leur nudité délicate.

«Simple et authentique»

«Tout a été capté en direct. Je ne voulais pas d'un enregistrement qui soit le fruit d'un travail de studio. Le plus important était que cela reste simple et authentique.» Une immédiateté qui entre pour beaucoup dans les séductions franches de Stepping Stones.

Car si le timbre caressant et légèrement voilé de la chanteuse évoque sans les citer Cat Power ou Kristine Hersch, ses mélodies sensibles croisant folk, jazz et bossa-nova témoignent de la lente maturation d'un univers intime à la cohérence admirable. Et dont la diffusion publique, aujourd'hui encore, ne va pas de soi. «Une fois enregistré, je ne pensais pas diffuser le disque, ou alors seulement auprès de mes proches. Tout ce qui m'arrive aujourd'hui est un bonheur, parce que je n'avais rien prémédité.»

Chanteuse intuitive, naturellement attirée par les langueurs tendres de la mélancolie, Elizabeth Marchand ne conçoit aujourd'hui aucun plan de carrière. «Je ne suis pas prête à me laisser imposer quoi que ce soit. Je fais les choses sans rien forcer, pour que tout cela reste de l'ordre de l'évidence.» L'évidence, sans doute, d'un talent qui gagne à ne pas demeurer plus longtemps caché.

Stepping Stones, Elizabeth Marchand (RecRec).