C'est une vierge couronnée qui ouvre Merci pour elles. Petite poupée en crinoline noire au-devant de la scène, qui dit «La mère à l'avorton», poème tragique de Déhénault (XVIIe siècle): «L'Amour malgré l'honneur, t'a fait donner la vie,/L'honneur, malgré l'amour, te fait donner la mort.» Et soulevant l'ample robe, elle éjecte un fœtus qui semble être l'indigne et malheureux ancêtre de tous les personnages qui vont suivre, représentés par une trentaine de marionnettes dans ce spectacle du Théâtre du Fust accueilli aux Marionnettes de Genève.

Régler quelques comptes

On verra le couple préhistorique selon Kipling: «Essuie tes pieds, mon ami, quand tu rentres, nous allons nous mettre en ménage.» On suivra Epaminondas, figure mythologique qui sert de fil rouge à travers les siècles, pris entre les leçons de sa mère et celles de sa Cassandre de marraine. On écoutera une esthéticienne débiter des analyses pseudo-scientifiques sur les crèmes antirides. On suivra des ethnologues passer dix ans à étudier les mœurs des guenons adultères. On suivra des hommes et des femmes en vacances, sur la plage, sortir des clichés sur la liberté et les seins nus. Clichés qu'Emilie Valantin a repris dans l'ouvrage du sociologue Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d'hommes – sociologie des seins nus.

Emilie Valantin a en effet puisé à de multiples sources, tant littéraires que scientifiques ou personnelles pour créer Merci pour elles, en 2003. Elle voulait «régler des comptes avec quelques façons d'être si «énervantes» de la femme d'hier et d'aujourd'hui». Mais, peut-être parce qu'elle a voulu trop leur dire, elle a manqué ce rendez-vous avec les femmes. Et cela malgré une richesse technique impressionnante, avec une foule de matériaux, de mousses et de résines, de pâte à bois et de papier journal. Avec aussi une manipulation – par Emilie Valantin et Jean Sclavis – toute en recherche et en finesse, allant même parfois jusqu'à l'expression des visages.

Le spectacle reste pourtant victime de la disparité de ses éléments, de son manque de cohérence esthétique et émotionnelle. Le message se perd, même si le jeu en direct de la harpiste Isabelle Olivier et la scénographie de Nicolas Valantin, qui reprend la forme de la crinoline portée par la vierge avorteuse pour créer ses espaces de manipulation, donnent un peu d'unité à l'ensemble.

Merci pour elles au Théâtre des marionnettes de Genève, rue Rodo 3, tél. 022 418 47 70. Lu 21 mars à 19 h.