«Viens sur mes genoux mon petit garçon/Devine qui est de retour avec un nouveau rap». Avec ce couplet insidieux annonciateur de son nouvel album Encore, Eminem s'est attiré le courroux de Michael Jackson. Manière choisie pour l'acteur-scandeur prodige de 8 Mile d'orchestrer au mieux son retour au hip-hop provoc'. D'autant que le roi défiguré de la pop, en procès pour attouchements sur mineurs, ne pouvait rester muet en se voyant ainsi singé dans le clip provocateur de «Just Lose It»: la chevelure de «Bambi» s'enflamme, il l'éteint dans la cuvette des WC, se fait vomir dessus par Eminem avant de perdre son nez aquilin…

Michael Jackson «choqué»

La vidéo extraite d'Encore, cinquième album d'Eminem dont la sortie mondiale a été avancée de deux semaines à ce jour pour cause de piratage intensif sur la Toile (comme pour The Eminem Show il y a deux ans), n'a pu être censurée par un Jackson «choqué» qui n'a pas porté plainte pour autant. En revanche, un titre anti-Bush du rappeur blanc l'a été avant les élections par les TV américaines.

Si Eminem veut bien s'amuser, brocarder naïvement un George W. Bush jugé «sans cerveau» après avoir épinglé Britney Spears, Moby ou Marilyn Manson et endossé un déguisement de Ben Laden, les affaires restent les affaires. Et Encore, dont les précommandes ont dépassé les six millions d'exemplaires, se devait d'afficher son lot de rimes scandaleuses pour espérer rivaliser avec les 7,5 millions de copies vendues du précédent The Eminem Show. En dépit du trafic numérique illicite, Marshall Mathers de son vrai nom et sa prose outrancière – taxée par le passé d'homophobie, de misogynie et de racisme – n'auront donc aucune peine avec Encore à alimenter et défrayer la chronique hollywoodienne d'un hip-hop show-business.

Car une fois de plus, celui que Bush senior considère comme «la plus grande menace pour les enfants américains après la polio» se met diaboliquement en scène. Mélangeant jusqu'ici habilement sa musique et sa vie privée pour ses introspections tapageuses, Eminem élargit pourtant la focale au fil d'Encore. Et via des titres comme «Like Toy Soldier», «Mosh» ou «Rain Man», son champ d'investigation s'en prend avec force sarcasmes à la nation post-11 septembre qu'ont façonnée George W et ses sbires. A cette sacro-sainte «culture de la peur» au nom de laquelle des libertés fondamentales peuvent être sacrifiées, des soldats envoyés au casse-pipe; et le 2e Amendement autoriser la vente d'armes.

A côté de thèmes effleurant une forme de confiscation de la démocratie et relevant les paradoxes d'un Etat uni, Eminem effeuille des sujets plus basiques et légers en compagnie de Dr. Dre, le fidèle producteur qui ne réussit ici que peu de miracles sonores: le sexe tient une place de choix et quelques pets et rots s'immiscent au générique. Eminem se moque aussi du milieu du R'n'B et essaie même de chanter. Reste que ces 20 morceaux d'Encore réservent d'autres surprises qui ne manqueront pas de faire couler l'encre.

Encore (Interscope/Universal) A lire: Eminem, Blanc comme le rap par Anthony Bozza

(Denoël X-Trême).