Emmanuelle Pagano lance sa «Ligne»

Genre: Roman
Qui ? Emmanuelle Pagano
Titre: Ligne & Fils.Trilogie des rives, I
Chez qui ? P.O.L, 208 p.

C’est une famille qui se construit génération après génération sur les rives d’une rivière. Une famille solidement arrimée par des liens de soie à une grande fabrique de fils. Il s’agit d’un «moulinage», du nom de ces manufactures, entre filature et tissage, qui se trouvaient jadis en nombre au bord des cours d’eau ardéchois.

La rivière du roman d’Emmanuelle Pagano, s’appelle La Ligne. Elle dévide l’histoire d’une lignée, qui, elle aussi – à cause d’un enfant perdu arrivé là un jour – porte le patronyme de «Ligne». C’est donc un «hydronyme», s’amuse Emmanuelle Pagano qui signe ce roman Ligne & Fils, annoncé comme le premier d’une Trilogie des rives.

Emmanuelle Pagano ( Nouons-nous, Un Renard à mains nues, L’Absence d’oiseaux d’eau , tous parus chez P.O.L) vit et travaille en Ardèche, précisément là où se noue le roman. Avant d’être romancière et de connaître un certain succès – elle a notamment reçu le Prix ­Wepler pour Les Mains gamines en 2008 –, elle a étudié les arts plastiques. Sa sensibilité visuelle frappe dans ses textes, et en particulier dans celui-ci, où l’environnement, la géographie, l’architecture, l’industrie jouent les premiers rôles.

Il y a pourtant, dans le livre, une femme qui parle. Elle dit l’histoire des lieux qui est celle de sa famille. C’est une histoire liquide, pleine de vapeurs et de drames. Un arrière-grand-père – l’enfant trouvé nommé «Ligne» – a fait son chemin au sein du moulinage. Lorsqu’il arrive, on dévide encore la soie à mains nues, en se brûlant aux cocons chauffés dans des cuves. Il deviendra le patron du moulinage, mais sans bonheur. Car le destin de la fabrique compte plus que celui des individus, pas d’amours qui tiennent lorsque l’avenir de la filature est en jeu.

Celle qui raconte est une femme d’aujourd’hui, divorcée. Mère indigne, comprend-on aussi. Puisque malgré ses aïeux au nom de rivière, elle a failli laisser mourir son fils, encore bébé, de déshydratation. Et la voilà qui, au début du roman, roule vers l’hôpital, vers son petit devenu adolescent et victime d’un coma éthylique.

Le grand plaisir du livre réside dans la précision des descriptions naturelles et industrielles. Emmanuelle Pagano se délecte de tout un vocabulaire géographique et technique qui fait surgir avec une grande précision le monde qu’elle décrit. Il y a un plaisir de géomètre, de savant, à lire dans sa belle langue ces passages hyperréalistes où l’on apprend comment on file la soie, l’hydromorphologie, la solidité des fils d’araignée et la nature des lucioles. Peut-être la richesse des descriptions éclipse-t-elle un des personnages qui, dans le récit, se heurtent à la puissance de la matière.

Mais ce premier tome de la Trilogie des rives donne très envie de lire les suivants.