Après l'enfance un brin folklorique de Heidi, à la fois joyeuse et doucement émouvante, mise en scène par Gérard Demierre en décembre, le Petit Théâtre de Lausanne propose l'enfance cruelle de Poil de carotte. Ici, l'humour et la tendresse sont aussi au rendez-vous, mais ils n'émoussent qu'à peine la rare violence du texte de Jules Renard. Les récits autobiographiques écrits dès l'âge de 19 ans, révélant les douleurs d'un enfant né malgré le désamour de ses parents, rejeté par sa mère, incompris par son père, deviendront en 1900 – Jules Renard a 36 ans – une pièce en un acte. Un acte d'une intensité incroyable, puisque, en à peine plus d'une heure, grâce à Annette, nouvelle servante apparue comme un ange, Poil de carotte va redevenir François pour son père. Et que vont s'exprimer – si ce n'est se résoudre – les peines accumulées dans le silence et la peur.

Gérard Diggelmann dirige bien ses comédiens, y compris le jeune adolescent qui interprète Poil de carotte, vraie présence scénique tout au long de la représentation. Mais sa mise en scène pèche un peu. Ses fautes? Quelques lourdeurs pour appliquer des idées pourtant prometteuses. Comme ces «arrêts sur image» – les comédiens se figent –, accompagnés d'une brusque diminution des lumières, qui soulignent quelques déclarations de non-amour: «Elle vous déteste» ou «Tout le monde ne peut pas être orphelin».

Quant à la scénographie de Gilbert Maire, elle sert bien la mise en scène, permettant à Gérard Diggelmann de répartir avec justesse ses personnages dans la cour des Lepic, sur le seuil ou derrière la fenêtre, selon les rapports de force.

«Poil de Carotte» au Petit Théâtre de Lausanne, Curtat 3. Rés. au 021/323 62 13.

Me et sa à 15 h et 19 h, je et ve à 19 h,di à 17 h.

Jusqu'au 1er avril. Pour tout public dès 8 ans.