On ne les avait pas vus dans la carrière des Andonces depuis 2005. Après r.u.p.t.u.r.e, t.r.a.f.i.c, et AKUA, le Karl’s kühne Gassen­schau est de retour à Saint-Triphon avec Silo 8, un spectacle «rodé» depuis 2006 à Winterthour et Olten devant 450 000 personnes. Et déjà, à Saint-Triphon, tous les week-ends de juin affichent complet malgré les 1400 places prévues sur les gradins pour cette adaptation romande. C’est que, même après cinq ans d’absence, la troupe alémanique a laissé de bons souvenirs dans la région. Et qu’elle sait soigner sa publicité.

Le Karl’s kühne Gassenschau reste donc fidèle à lui-même, po­pu­laire et spectaculaire, comme son nom l’indique. Pour la première, jeudi soir, un final éblouissant alliant prouesses pyro­techniques et vaisseau fantôme s’envolant dans la nuit a fait lever le public pour des applaudissements enthousiastes et mérités.

On n’en oubliait les quelques moments un peu flottants du spectacle. Le début par exemple, où l’on peine à quitter la majesté granitique et sauvage de la carrière des Andonces pour se laisser transporter en 2050 dans un EMS épouvantable. Le Dr Wolf dirige, avec sa jolie assistante Jessica, ce Silo 8, reconverti, comme tous les autres silos du canton, en lucratives maisons de fin de vie pour exploiter la misère des vieux du pays abandonnés à eux-mêmes après la suppression de l’AVS.

Ambiance à la Terry Gilliam

En l’occurrence, le Dr Wolf attire ses clients avec un discours sur le bonheur et la paix des vieux jours, une paix qu’il fabrique en leur ôtant tous leurs souvenirs à l’aide d’une machine de son invention. On se souvient d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), film de Michel Gondry où une machine effaçait des mémoires les histoires d’amour soit-disant périmées. Ce n’est pas la seule référence cinématographique du spectacle. Ces délires d’un monde automatisé et surveillé dans une ambiance de tôle rouillée évoquent aussi beaucoup Terry Gilliam, Brazil notamment.

Pour ces vieux pas mal déglingués – l’humour est parfois assez féroce et sans tabous – le Silo 8 est organisé comme la réunion d’un poulailler industriel et d’une laverie de voitures automatiques. Avec des animations pour EMS poussées à leur paroxysme d’idiotie.

On prend l’histoire au moment de l’arrivée de nouveaux pensionnaires, un couple d’Italiens attendrissants, vieux jaloux comme au premier jour et vieille aux petits soins. Leur histoire belle et triste est traitée presque en parallèle à celles des anciens pensionnaires, plus déjantés: Ida, claudicante et béate, Pierrot le Bernois, qui fera la course sur son véhicule électrique avec Jojo le Paquisard et sa vieille moto, et enfin monsieur Zitzewitz, prof de langues latines à la retraite qui cajolerait bien Ida.

Mais, au-delà de l’histoire, de ses moments de simples humanités, le spectacle s’apprécie surtout pour sa folie. Difficile de quitter les lieux sans se dire qu’on a laissé là un chantier où tout ou presque est à reconstruire pour le lendemain.

Silo 8, à Saint-Triphon (VD). Ma-sa à 20h, du 27 mai au 31 juillet. Trains spéciaux. (Rens. 044/350 80 30, www.silo8.ch) 2h.