Faut-il inciter les personnes âgées à apprendre à devenir des internautes accomplis? «Oui», répond sans hésiter Hans Rudolf Schilling, du Centre de gérontologie de l’Université de Zurich, auteur d’une étude sur l’utilisation d’internet par les plus de 65 ans. «Les désavantages de n’être pas branchés sont aujourd’hui encore relatifs, mais ils pourraient aller en augmentant. Certains produits et prestations, comme par exemple les billets de train, sont déjà offerts à meilleur prix sur la toile. La presse évolue aussi en direction du tout numérique.» Martin Odermatt, membre de la direction de Pro Senectute Suisse, organisation qui a mandaté l’étude, renchérit: «La communication digitale va jouer un rôle croissant.»

L’étude, présentée mardi aux médias, montre que les personnes âgées de 65 ans et plus sont près de 40% à surfer régulièrement sur internet. Une proportion qui place la Suisse en tête de l’Europe, derrière les pays scandinaves. Parmi les 60% qui n’utilisent pas internet, dont une majorité de femmes, un tiers se connecterait s’il bénéficiait du soutien approprié. Un cinquième rejette catégoriquement cette possibilité. L’étude s’appuie sur les réponses de 1105 personnes de 65 ans et plus de toutes les régions linguistiques de la Suisse.

L’échange de courriels est la première raison pour les seniors de se brancher (88%). En deuxième position viennent les horaires des transports publics, puis les offres de voyages. Les informations officielles ainsi que sur la santé sont aussi très prisées. En revanche, internet n’est que peu utilisé pour la lecture de journaux en ligne, les virements bancaires, l’achat ou la vente de marchandises. Les seniors ne sont pas non plus intéressés à la toile en tant que moyen de divertissement: ils ne jouent pas en ligne et ne téléchargent presque jamais de musique.

Celles et ceux qui ne se lancent pas sur internet craignent avant tout que ce soit trop compliqué (71%) et qu’il faille trop de temps pour apprendre à s’en servir. Mais si on pose la question aux internautes sur les difficultés qu’ils rencontrent, on voit que ces craintes sont en partie infondées, l’importance de ces facteurs ayant diminué de moitié. Les deux groupes s’accordent sur un point: ils redoutent la criminalité virtuelle et se montrent très sceptiques sur la sécurité des données.

Comment inciter les seniors à se servir de la toile? Martin Odermatt, membre de la direction de Pro Senectute, estime que dans toute la Suisse, 250 000 personnes de plus de 65 ans pourraient être prêtes à faire le pas. Il met en avant le rôle primordial de l’entourage: «Les enfants et petits-enfants, puis les amis qui utilisent déjà internent, représentent la plus forte motivation à s’y mettre aussi. L’aide qu’ils peuvent apporter à domicile est aussi un des meilleurs moyens pour progresser.» Il souligne aussi l’importance d’un cadre protégé pour se familiariser avec cette nouvelle technologie, comme un centre de quartier ou des cours réservés aux seniors. Pro Senectute offre de tels cours, 8300 personnes en ont profité en 2008.

Mais Martin Odermatt insiste: «Il ne s’agit pas de forcer tout le monde à se mettre à internet. Cela ne peut pas être un but, au contraire. Il faut que toutes les prestations importantes restent accessibles en dehors de la toile.»