CAFFÉ, s.m., Hist. Nat. Bot. Depuis environ soixante ans, disoit M. de Jussieu en I7I5, que le caffé est connu en Europe, tant de gens en ont écrit sans connoître son origine, que si l'on entreprenoit d'en donner une histoire sur les relations qu'on nous en a laissées, le nombre des erreurs seroit si grand, qu'un seul mémoire ne suffiroit pas pour les rapporter toutes.

Cet arbre croît dans son pays natal, et même à Batavia, jusqu'à la hauteur de quarante pieds; le diametre de son tronc n'excede pas quatre à cinq pouces: on le cultive avec soin; on y voit en toutes saisons des fruits, et presque toujours des fleurs. Il fournit deux ou trois fois l'année une récolte très-abondante. Les vieux pieds portent moins de fruit que les jeunes, qui commencent à en produire dès la troisieme et quatrieme année après la germination.

Les mots caffé en françois, et coffee en anglois et en hollandois, tirent l'un et l'autre leur origine de caouhe, nom que les Turcs donnent à la boisson qu'on prépare de cette plante.

Quant à sa culture, on peut assûrer que si la semence du caffé n'est pas mise en terre toute récente, comme plusieurs autres semences des plantes, on ne doit pas espérer de la voir germer. Celles de l'arbre qu'on cultivoit depuis une année au jardin-royal, mises en terre aussi-tôt après avoir été cueillies, ont presque toutes levé six semaines après. Ce fait, dit M. de Jussieu, justifie les habitans du pays où se cultive le caffé, de la malice qu'on leur a imputée de tremper dans l'eau bouillante, ou de faire sécher au feu tout celui qu'ils débitent aux étrangers, dans la crainte que venant à élever comme eux cette plante, ils ne perdissent un revenu des plus considérables.

La germination de ces semences n'a rien que de commun.

A l'égard du lieu où cette plante peut se conserver, comme il doit avoir du rapport avec le pays dans lequel elle naît naturellement, et où l'on ne ressent point d'hyver, on a été obligé jusqu'ici de suppléer au défaut de la température de l'air et du climat, par une serre à la maniere de celles de Hollande, sous laquelle on fait un feu modéré, pour y entretenir une chaleur douce; et l'on a observé que pour prévenir la sécheresse de cette plante, il lui falloit de tems en tems un arrosement proportionné.

Soit que ces précautions en rendent la culture difficile, soit que les Turcs, naturellement paresseux, aient négligé le soin de la multiplier dans les autres pays sujets à leur domination; nous n'avons pas encore appris qu'aucune contrée que celle du royaume d'Yemen en Arabie, ait l'avantage de la voir croître chez elle abondamment; ce qui paroît être la cause pour laquelle avant le XVIe. siecle, son usage nous étoit presqu'inconnu.

On laisse à d'autres le soin de rapporter au vrai ce qui y a donné occasion, et d'examiner si l'on en doit la premiere expérience à la vigilance du supérieur d'un monastere d'Arabie, qui voulant tirer ses moines du sommeil qui les tenoit assoupis dans la nuit aux offices du chœur, leur en fit boire l'infusion, sur la relation des effets que ce fruit causoit aux boucs qui en avoient mangé; ou s'il faut en attribuer la découverte à la piété d'un mufti, qui pour faire de plus longues prieres, et pousser les veilles plus loin que les dervis les plus dévots, a passé pour s'en être servi des premiers.

L'usage depuis ce tems en est devenu si familier chez les Turcs, chez les Persans, chez les Arméniens, et même chez les différentes nations de l'Europe, qu'il est inutile de s'étendre sur la préparation, et sur la qualité des vaisseaux et instrumens qu'on y employe.

Il est bon d'observer que les trois manieres d'en prendre l'infusion, savoir, ou du caffé mondé et dans son état naturel, ou du caffé rôti, ou seulement des enveloppes propres et communes de cette substance, auxquelles les François au retour de Moka ont improprement donné le nom de fleur de caffé; la seconde de ces manieres est préférable à la premiere, et à la troisieme appellée aussi caffé à la sultane.

Qu'entre le gros et le blanchâtre qui nous vient par Moka, et le petit verdâtre qui nous est apporté du Caire par les caravanes de la Mecque, celui-ci doit être choisi comme le plus mûr, le meilleur au goût, et le moins sujet à se gâter.

Que de tous les vaisseaux pour le rôtir, les plus propres sont ceux de terre vernissée, afin d'éviter l'impression que ceux de fer ou d'airain peuvent lui communiquer.

Que la marque qu'il est suffisamment brûlé ou rôti est la couleur tirant sur le violet, qu'on ne peut appercevoir qu'en se servant pour le rôtir d'un vaisseau découvert.

Que l'on ne doit en pulvériser qu'autant et qu'au moment que l'on veut l'infuser: on se sert pour cet effet d'un petit moulin portatif. Et qu'étant jetté dans l'eau bouillante, l'infusion en est plus agréable, et souffre moins de dissipation de ses parties volatiles, que lorsqu'il est mis d'abord dans l'eau froide.

Le caffé qui tient le premier rang parmi les boissons qu'on prend chaudes, releve les forces, aide un peu à la digestion des alimens, ce qui le rend utile à ceux qui ont beaucoup mangé; il dissipe l'ivresse; il excite quelquefois le ventre, les urines et les régles. On dit qu'il convient aux vieillards, à ceux qui ont beaucoup d'embonpoint, à ceux qui menent une vie sédentaire, aux gens de lettres, à ceux qui ne boivent que de l'eau, à ceux qui sont sujets aux catarrhes et au vertige, à ceux enfin qui sont trop portés au sommeil. On prétend encore qu'il amortit les desirs vénériens et qu'il prévient le rhachitis. Il est nuisible aux jeunes gens, aux personnes maigres, aux bilieux, aux mélancholiques, aux scorbutiques et dans tous les cas d'hémorrhagie. Les femmes sujettes à faire de fausses couches, les hystériques, celles qui ont des fleurs blanches, doivent s'interdire l'usage du caffé; il agace fortement les nerfs, empêche de dormir; excite chez quelques-uns le tremblement et la paralysie; il cause des érésipeles, et d'autres éruptions cutanées. Quant à la maniere de préparer cette boisson, elle est très-connue; il seroit inutile par conséquent de nous y arrêter; mais il est à propos d'observer que si dans douze onces de cette infusion réduites à trois; on mêle une égale quantité de suc de limons; on obtient un excellent fébrifuge, dont l'efficacité est prouvée par un grand nombre d'expériences. A tout ce qui vient d'être dit, il est bon d'ajoûter que plusieurs employent à la maniere du caffé, le seigle, l'orge, les feves, etc. et que la boisson qu'on en prépare est agréable au goût, et approche assez de celle où entre le caffé. Il y en a qui font grand cas d'une boisson préparée avec les grains de caffé crus; en voici le procédé: prenez un gros de caffé crud en poudre, qu'on mettra bouillir pendant un demi-quart d'heure dans huit onces d'eau; après avoir couvert le vase, on laissera reposer la liqueur jusqu'à ce qu'elle soit claire et limpide; on la boira alors chaude, peu-à-peu, comme le caffé ordinaire. Cette boisson, dont la saveur est très-agréable, et d'une belle couleur citrine, favorise la digestion, dégage la tête, tempére l'âcreté de l'urine, et passe pour être utile dans la toux.

Le commerce qu'on fait du caffé est très-considérable: on l'apporte du Caire et d'Alexandrie; et même dans le commencement de ce siecle, les François se sont hasardés d'aller le chercher en droiture et de la premiere main, jusqu'à Moka, port fameux de l'Arabie-heureuse, où se charge une bonne partie de celui qui se vend en Europe.

On assure que les seuls habitans d'Yemen en débitent tous les ans pour plusieurs millions; ce qu'on n'aura pas de peine à croire, si l'on fait attention à la consommation prodigieuse qu'on en fait.

C'est à Bethelfaguy que se font les achats de caffé pour toute la Turquie: les marchands d'Egypte et ceux de Turquie y viennent pour ce sujet, et en chargent une grande quantité sur des chameaux, qui en portent chacun deux balles, pesant environ 270 livres chacune, jusqu'à un petit port de la mer Rouge, qui est à-peu-près à la hauteur de cette ville, à dix lieues d'éloignement. Là ils le chargent sur de petits bâtimens, qui le transportent environ I50 lieues plus avant dans le golfe, à un autre port plus considérable, nommé Gioddah, ou Gedda ou Zieden, qui est proprement le port de la Mecque, dont il est éloigné de 40 milles.

De-là le caffé est encore rechargé sur des vaisseaux turcs, qui le portent jusqu'à Suès, dernier port du fond de la mer Rouge, qui appartient au grand-seigneur; d'où étant encore chargé sur des chameaux, il est transporté au Caire, et dans les autres provinces de l'empire turc, par les différentes caravanes, ou par la mer Méditerranée; et c'est enfin de l'Egypte que tout le caffé qui s'est consommé en France, a été tiré jusqu'au tems qu'on a entrepris le voyage de l'Arabie.

Le caffé de la meilleure qualité, qu'on appelle épinoche et aussi faqui (l'inférieure s'appelle chélebi) doit être choisi nouveau, verdâtre, ne sentant point le moisi, de moyenne grosseur, le moins rempli qu'il se peut de grains secs et arides, ou couverts de leur coque; en un mot, qu'il soit parfaitement mondé et séché.

Le caffé le plus estimé est celui de l'Arabie, lorsqu'il est bien pur, et point mêlangé avec celui des isles, qui n'est pas encore parvenu à cette perfection. Il seroit bien à souhaiter que chaque sorte de caffé fût toujours séparée l'une de l'autre; dans le fond ne les vend-on pas à proportion de leur bonté?

La Bibliothèque publique d'Yverdon-les-Bains (Ancienne-Poste 4) organise deux visites commentées, jeudi 17 juillet à 17h et mercredi 13 août à 10h, de ses collections historiques: l'occasion d'admirer quelques volumes de l'Encyclopédie d'Yverdon.