Anne Salem Marin, texte, Simon Kroug, ill., La Rumeur. La Joie de lire. Dès 6 ans

Etonnant Simon Kroug, qui après un début remarqué avec Les Rêves d'Angèle Molinot, parvient à surprendre et charmer le lecteur par l'exploration d'un thème à nouveau peu commun en littérature pour la jeunesse: la rumeur. Le jeune artiste lausannois confirme la sûreté de son trait, de son œil, qui osent des cadrages et des scènes aussi sobres que délicates.

«On dit qu'un bracelet en or a été dérobé dans le hammam de Madame Malika», et on dira bien d'autres choses encore, tout au long de cet album sépia qui évoque ceux, photographiques, du début du siècle dernier; chaque page apporte son bref témoignage, approximatif ou véhément, heureuse déclinaison de conditionnel et d'hypothétique qui traverse les lieux, les habitants de la petite ville marocaine qui sert de décor à ce «minidrame». Tel est en effet le nom d'une nouvelle collection de La Joie de lire, dont les trois albums parus à ce jour – très visuels, et dont la narration doit souvent plus aux images qu'au texte, subtil et discret comme c'est le cas ici, voire ailleurs inexistant – sont tous des aventures originales et comme décalées, par bonheur hors des sentiers battus et parfois rebattus de la littérature.

Gisèle Bienne. La Petite Maîtresse. L'Ecole des loisirs, coll. Medium, 152 p. Dès 14 ans

Belle, mais rude pour le moral, cette histoire d'enfance volée. La petite Lina a été retirée à sa proche famille pour être placée chez ses grands-parents. De braves gens, maladroits tant dans leurs difficultés à dire leur attachement, que dans leur façon d'aider la fillette: ainsi, parce qu'elle fait des cauchemars, ils la couchent dans une sorte de lit-cage, dans leur propre chambre noyée chaque nuit sous les ronflements du grand-père. Ce lit qui n'est pas sans évoquer les cages des coqs que l'aïeul élève – et qui sont la grande terreur de la fillette. Peu à peu, on comprend que les cauchemars de Lina ont leur origine à l'école: parce qu'elle est bonne élève, la maîtresse lui confie sa classe pendant de longues périodes…

Un roman plein de douleurs, celle de l'enfant, qui n'a pas de mots pour dire la détresse dans laquelle la plongent le rejet de ses parents, l'éloignement de ses frères et sœurs, et les responsabilités d'adulte qu'on l'oblige à endosser; celle aussi des grands-parents, désemparés. A proposer donc avec discernement.