Chen Jiang Hong. Mao et moi. L'Ecole des loisirs. Dès 9 ans.

Ce livre, Chen Jiang Hong l'envisageait depuis longtemps. Parce qu'il avait 3 ans en 1966, il lui importait de raconter cette enfance placée sous le signe de la Révolution culturelle. Les conséquences de ce totalitarisme absolu, c'est du point de vue de sa famille très modeste qu'elles sont évoquées: le Petit Livre rouge de Mao comme seule lecture, les voisins et amis soudain stigmatisés, la nourriture rare, le départ du père en camp de rééducation. Mais aussi la fierté ressentie le jour où il est devenu petit garde rouge du Parti communiste.

S'efforcer de se remémorer cette époque de la façon exacte dont il l'a vécue alors interdit tout jugement, toute condamnation, et c'est très fort. Tout comme sont fortes les images de Chen Jiang Hong, leur dramaturgie proche de la bande dessinée, les séquences comme blessées par un rouge omniprésent, et toujours le magnifique trait de l'artiste, à la fois hommage à un art pictural millénaire et liberté conquise. Un album superbe de raffinement et de retenue, parce qu'il s'agit bien là de littérature, de peinture, non de politique.

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Sherman Alexie. Le premier qui pleure a perdu. Albin Michel/Wiz. Dès 12 ans

Il faut oublier le titre, plutôt malencontreux, et plonger dans ce beau roman d'apprentissage qui, loin d'être larmoyant, tire en avant le lecteur, le charme et l'intéresse. Ce récit quasi contemporain, en grande partie autobiographique, est porté par le jeune Junior, un Indien Spokane vivant dans une réserve de l'Etat de Washington. Junior raconte son enfance et son adolescence, plutôt difficiles: naviguant sans cesse entre le commun et l'extraordinaire, entre ce qui appartient à toute jeunesse - les amours, le sport, les études - et ce qui est vraiment propre à cet ado-là: un physique étrange (une hydrocéphalie lui a laissé un crâne immense sur un corps très frêle, et des problèmes de vue), la pauvreté endémique, le chômage et l'alcool qui règnent dans la réserve, et surtout le fait de se retrouver entre deux cultures, deux mondes. Parce qu'il va partir, Junior; il quitte la réserve pour aller étudier dans un lycée prestigieux où il peine à se faire accepter, tandis qu'auprès des siens il fait à présent figure de traître.

Une immense dose d'humour et d'autodérision fait qu'on lit avec plaisir ce récit roboratif et optimiste, cette belle destinée - littéraire - si généreusement racontée.