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Deux jeunes filles dans un centre pour migrants aux Etats-Unis, juin 2014.
© Rose D. Franklin/AP Photo

États-Unis

Comment des enfants clandestins ont défié Trump

Malgré la volte-face du président américain, la séparation de familles de migrants arrivés illégalement aux Etats-Unis risque encore d’avoir des conséquences dramatiques. Pour Trump et les républicains, le dégât d’image est grand à quelques mois des cruciales élections de mi-mandat

Face à l’émotion, Donald Trump est désarmé. Les photos – et les sons déchirants – d’enfants clandestins séparés de leurs parents à la frontière mexicaine ont eu raison du président américain. Conspué, critiqué, il a dû s’adonner à ce qui, pour lui, représente l’humiliation suprême: faire marche arrière. Avec sa décision, mercredi, de ne plus séparer des familles de clandestins victimes de sa politique de tolérance zéro, il tente de réparer un dégât d’image à quelques mois des cruciales élections de mi-mandat. Pour ne pas perdre la face, il cherche désormais à s’ériger en défenseur des familles, allant jusqu’à envoyer sa femme dans un centre pour enfants à la frontière, au Texas. Le rétropédalage n’a pas de limites.

Une poule sans tête

Donald Trump a pour habitude de s’entêter et de résister aux pressions, comme le démontrent de récentes décisions. Mais dans ce dossier, il ressemble plutôt à une poule à laquelle on vient de couper la tête et qui continue de courir dans tous les sens. Le président a fait de la construction d’un mur «beau et grand» une de ses principales promesses de campagne. Il veut «stopper» l’immigration clandestine par tous les moyens. Mais il se heurte aux réalités du terrain et aux oppositions massives face à une politique barbare et inhumaine.

Même sa fille préférée, Ivanka, lui a demandé d’arrêter. Même sa femme, Melania, a exprimé sa gêne. Laura Bush, ex-First Lady, n’a pas hésité à prendre la plume, dans les colonnes du Washington Post, pour dire son désarroi face à des pratiques «immorales et cruelles». Elle fait une comparaison avec les camps d’internement de Japonais durant la Seconde Guerre mondiale, «aujourd’hui considérés comme l’un des épisodes les plus honteux de l’histoire américaine». Le malaise s’est répandu jusqu’au sein des élus républicains, qui gardent les yeux rivés sur les élections du 6 novembre où l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants ainsi qu’un tiers des 100 sièges du Sénat seront renouvelés.

Une erreur stratégique

En portant sa criminalisation des migrants à son apogée – depuis début mai, ceux qui pénètrent illégalement aux Etats-Unis sont systématiquement poursuivis sur le plan pénal et placés en détention –, Trump voulait faire pression sur le Congrès. Sénat et Chambre des représentants peinent toujours à s’entendre sur une nouvelle politique d’immigration. Les milliards exigés pour le financement du mur heurtent les démocrates, qui s’y opposent avec virulence. Le grand marchandage dure depuis des mois et le dossier patine.

Il pensait détenir une arme de dissuasion massive, un moyen de pression, mais il a commis une erreur stratégique et les républicains pourraient en payer le prix. Il a été trop loin. Mercredi, il annonçait renoncer à séparer les familles, et ne plus placer des enfants dans des sortes de cages, sans abandonner pour autant sa politique de criminalisation des migrants, qui va bien au-delà d’une simple fermeté. Le décret signé précise que les familles seront réunies… en prison. Jusqu’ici, un mineur, même avec ses parents, ne pouvait pas être détenu plus de 20 jours.

Sous le tapis

Une nouvelle polémique pointe. Dans les faits, une pratique révoltante est remplacée par une autre qui l’est tout autant. Si les images d’enfants pleurant derrière des enclos grillagés et sous des couvertures de survie, ne peuvent que heurter l’opinion publique, celles de gosses en prison avec leurs parents choqueront tout autant. Peu d’images filtreront, c’est sûr, et les médias devront se montrer d’autant plus attentifs à surveiller ce qui se passe derrière les barreaux. Pour déterrer ce que l’administration Trump tente de cacher sous le tapis.

Mais voilà que le Washington Post lâche une bombe, que le département de la Justice s’est empressé de démentir: les centres de rétention pour migrants étant débordés, les autorités pourraient momentanément renoncer à arrêter les familles. Avec un double effet pervers possible: pousser plus de migrants à prendre des enfants pour traverser la frontière, et donner des munitions à Trump pour l’érection de son mur.

Chaos administratif

Sous Bush et Obama déjà, des enfants ont été séparés de leur famille. Mais pas de façon aussi systématique et brutale. Entre le 5 mai et le 9 juin, 2342 enfants ont été séparés à la frontière, selon des chiffres fournis par le gouvernement américain. Leur sort reste des plus incertains. Certains ont été transférés à des milliers de kilomètres du lieu de détention de leurs parents, parfois jusqu’à New York. Comment des parents expulsés, qui parlent mal l’anglais et tremblent devant ceux qui les ont renvoyés, parviendront-ils à les localiser?

Les conséquences de cette pratique risquent d’être lourdes. Des avocats dénoncent un «chaos administratif». Des enfants pourraient se retrouver livrés à eux-mêmes et devenir des proies faciles pour toutes sortes de trafics. Un chiffre: en mai, le département de la Santé américain a dû admettre devant une commission du Sénat que sur 7635 mineurs non accompagnés placés en famille d’accueil 1475 avaient déjà disparu. Sans que personne ne sache où ils se trouvent. Une enquête de l’entreprise de presse McClatchy soutient que ce chiffre serait en réalité plus proche des 6000.

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