J. J. Abrams, 13 ans en 1979, appartient à cette génération qui, armée de la caméra Super 8 de papa, refaisait La Guerre des Etoiles au fond du jardin. Les films qu’il a tournés avec ses copains Matt Reeves, Brian Burk ou Larry Fong, ont été repérés par Steven Spielberg qui, en 1981, leur proposait de monter ses propres œuvres de jeunesse.

Les années ont passé. J. J. Abrams a changé le monde en introduisant le principe d’irréalité cher à Philip K. Dick dans l’imaginaire de quelques millions de téléspectateurs à travers Lost ou Fringe. Au cinéma, entre une mouture high-tech de Mission: Impossible et un reboot de Star Trek, le wonder boy n’a pas fait les étincelles que l’on attendait de lui. Il a produit Cloverfield, de Matt Reeves, autre pétard mouillé.

Produit par Steven Spielberg, Super 8 est censé être le film de l’accomplissement personnel, blockbuster intégrant une dimension auteuriste, puisque le réalisateur évoque ses années d’apprentissages et rend hommage au cinéma des années 80, tel que Spielberg l’a incarné. L’influence la plus manifeste étant E.T. Mêlant home movie et imagerie générée par ordinateur, «suédisation» des œuvres de George A. Romero et film d’envahisseurs, Super 8 reste malheureusement en deçà de ses promesses.

L’action se situe en 1979, en Ohio, dans une de ces banlieues résidentielles que Spielberg affectionne. Un groupe de kids, avatar des Goonies, d’Elliot et de sa bande, voire du gang de Stand by Me, tourne un film de zombies sous la direction de Charles, un petit gros qui se prend pour Hitch­cock. Le préposé aux maquillages, c’est Joe, un gosse triste, car sa mère a été tuée dans un accident du travail quelques mois plus tôt. Et l’héroïne du film, c’est Alice (Elle Fanning), graine de star à tous les étages de la fiction, dans le bricolage Super 8 comme dans le blockbuster. Son sourire sous le maquillage de zombie illumine l’écran.

La menace diffuse que le film entretient depuis le début – accident mortel, catastrophe de Three Miles Island – se manifeste brutalement le soir où un convoi ferroviaire déraille (de façon plus spectaculaire qu’aucun film catastrophe des années 70 n’osa le rêver…). L’armée investit les lieux. Les chiens disparaissent. L’électroménager tombe en panne. On l’a compris: le train, affrété par l’armée, transportait une entité extraterrestre, qui s’est fait la belle. Charles et Joe découvrent cette évasion classée X sur leur film.

Super 8 témoigne d’une ambition peu commune. Il propose de belles idées de science-fiction, comme ces innombrables pièces que contient le train éventré, évoquant des «Rubik’s Cube blancs». Les scènes entre enfants sont réussies, leur film extrêment touchant.

Mais les films dans le film, l’agencement futé des niveaux de lecture relèvent plus du calcul que de l’inspiration. Enfin, l’extraterrestre gâche tout. Serait-il resté invisible, métaphore de la paranoïa d’Etat ou des peurs de l’enfance, il aurait été terrible. Mais, bruyant comme un chien qui fait les poubelles, le xénomorphe tient du poulpe et de l’araignée, puis révèle une silhouette humanoïde dont les bras multiples ont quelque chose de l’Homme universel de Léonard ayant passé au rayon vert de Hulk.

Le cinéaste illustre avec naïveté la morale que Michel Serres tire de Tintin au Tibet, à savoir que «l’abominable est bon […] (et) qu’il se conduit comme aucun civilisé ne le ferait, avec douceur et charité». Lorsque Joe lui parle du fond du cœur, l’alien qui n’était que palpes, labres et chélicères, ouvre des yeux d’autant plus humains, explique J. J. Abrams, que ce sont ceux de la mère de l’enfant…

Comme E.T., la créature veut rentrer maison. Mais elle ne se contente pas de bricoler une radio, elle construit un astronef avec du matériau de récupération. La clé de voûte de cette cathédrale volante, ou simplement la clé de contact, c’est le médaillon que Joe a hérité de sa mère. Son chagrin s’envole sous les étoiles. Comme c’est simple.

VV Super 8, de J.J. Abrams (Etats-Unis, 2011), avec Kyle Chandler, Elle Fanning, Joel Courtney, Gabriel Basso, Noah Emmerich, Ron Eldard, Riley Griffiths. 1h52.