Caroline Jayne Church a vraiment l'art de dessiner les gallinacés et autres oiseaux si possible palmés. Ce sont des oies qui tiennent ici la vedette: cocasses et stylées, elles évoluent sur un fond savamment travaillé, des papiers au grain duveteux, des collages inventifs, où quelques extraits de journaux se perdent parmi les herbages et les feuillages… Tout cela est vif, gai, et sert un propos que l'auteure-illustratrice se réapproprie subtilement: un troupeau d'oies, blanches comme neige, snobent l'une des leurs qui se baigne dans une mare boueuse. Seulement voilà: la «petite oie cracra» est la seule que le renard ne pourchasse pas, les nuits de pleine lune. Lorsqu'elles comprennent que c'est sa saleté même qui la rend invisible aux yeux du prédateur, ses compagnes se précipitent dans la mare. Le temps passe, à nouveau serein, et le jour où la petite oie maligne voit des nuages lourds de neige s'amonceler au-dessus de sa tête, elle se lave soigneusement, jusqu'à devenir… blanche comme neige! Un joyeux éloge de la débrouillardise, mais aussi de la flexibilité, de l'astuce toujours réinventée. Et, bien sûr, de la différence salutaire.

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Tout semblait si raisonnable, si routinier; la famille de Pierre-Henri s'apprêtait à fêter le centième anniversaire de l'arrière-grand-père, Charles Mérincourt, inventeur mondialement connu du coton-tige. Domestiques, élégante demeure, milieu feutré, le décor est posé lorsque apparaissent des phénomènes pour le moins inexplicables: le bol de chocolat de Pierre-Henri lui saute au visage, son beau costume s'envole par la fenêtre, et sur la photo de famille, tous les Mérincourt ont une tête de cochon.

Olivier Ka, familier de l'univers de la bande dessinée, mène son petit monde tambour battant, de rebondissements en péripéties, d'incidents en catastrophes. Car au final, il s'avère que c'est un copain de Pierre-Henri qui manifeste, ma foi peu gracieusement, son désir de revenir dans la vraie vie, après avoir été aspiré dans un monde parallèle. De l'humour, du suspense, cette solidarité non dépourvue de rivalité que les enfants affectionnent, un sens de l'initiative plutôt transgressif, et des situations totalement délirantes pour passer un bon moment de lecture-détente.

Une Petite Oie pas si bête, de Caroline Jayne Church. Albin Michel Jeunesse. Dès 4 ans.

L'Esprit, le Fantôme et la Vache d'Olivier Ka, Grasset Jeunesse, coll. Lampe de poche. Dès 11 ans