Ceci est un poème qui guérit les poissons, de Jean-Pierre Siméon, illustr. d'Olivier Tallec. Rue du monde, dès 5 ans.

Le poisson d'Arthur se meurt d'ennui; «donne-lui vite un poème!» conseille sa maman. Mais c'est quoi, au juste, un poème? Le jeune garçon va voir dans le placard de la cuisine, sous le lit des parents; il court chez le marchand de vélos: «Un poème, Arthur, c'est quand on aime: on a du ciel dans la bouche.» Le vieux Mahmoud affirme, lui, qu'un poème, «c'est quand tu entends battre le cœur des pierres». A la fin de la journée, Arthur pense ne pas avoir trouvé de poème pour sauver son poisson; alors il lui dit juste ce qu'il sait, à propos du cœur des pierres et du ciel dans la bouche, et toutes ces autres choses glanées au hasard des rencontres. Léon le poisson va beaucoup mieux… Une très belle harmonie unit les mots de Jean-Pierre Siméon et les peintures d'Olivier Tallec: on est là dans un monde de douceur et d'inspiration, le propos est sérieux – c'est le mystère de la poésie qui est ici interrogé –, les phrases sensibles; les évocations du quotidien et les visions surréalistes alternent dans les images du peintre; ses couleurs, on les connaît à présent, sont capables de profondeur et d'exubérance, magnifiant des personnages dont les postures, les yeux souvent fermés disent l'incroyable aventure d'être en vie et de questionner cette vie. Un livre rare.

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Les Mots de la bouche, de Xabi M., illustr. d'Elodie Jarret. Editions Sarbacane, dès 9 ans.

Léon Flibuste est le roi d'une petite île dont les habitants manquent singulièrement d'imagination; à leurs yeux, les prairies sont toujours vertes, et les surprises surprenantes… Léon Flibuste veut connaître d'autres mots que ceux qui se disent sur son île, alors il part. Il rencontre un fantôme gardant dans une valise les expressions qu'il invente, un ogre mangeur de mots, une montagne d'illusions perdues. Après bien des péripéties, c'est en héros qu'il revient chez lui, des milliers de mots sous le bras. Une fable, une «chanson douce» à la Eric Orsenna, joyeusement loufoque, délicatement militante. L'écriture, les dialogues sont soignés; dans les illustrations au trait finement ciselées d'humour, la gouache est utilisée avec tempérament, marquant en quelque sorte la scénographie de la page. Une lecture à faire en famille, en classe, pour rêver ensemble à la couleur de l'herbe – et comment la dire…