«Quand je découvre ma mère, elle gît inconsciente, une seringue coincée dans le bras garrotté, le bout des doigts et les lèvres bleuâtres.» Le récit que livre Michelle Halbheer dans Les Enfants du Platzspitz est glaçant. La jeune femme était enfant, au début des années 1990, lorsque Zurich faisait les gros titres de la presse avec sa scène ouverte de la drogue, située au cœur de la ville, à l’arrière du Musée national suisse. A la suite de la fermeture de la Platzspitz puis du Letten, sa mère, toxicomane, a été renvoyée dans sa commune d’origine. Pour Michelle débutait alors un voyage au bout de l’enfer, qu’elle raconte à la première personne, de manière simple et directe, dans un récit publié en allemand en 2013.

De ce livre fort, Pierre Monnard a tiré un film bouleversant dans sa manière de suivre le parcours labyrinthique d’une préadolescente, Mia, n’arrivant pas à se résoudre à ce que sa mère lui échappe totalement, que sa promesse de tourner le dos aux drogues n’est qu’un vœu pieux. Fille de toxico dans une paisible bourgade de la campagne alémanique, la voici jugée, obligée de s’inventer un monde parallèle plus joyeux, où un ami imaginaire viendrait la rassurer en lui chantant un standard folk popularisé par les Beach Boys.