Jo Hoestlandt aime raconter des histoires d'amour – et elle le fait bien. Son texte, très travaillé et pourtant d'une simplicité toute naturelle, privilégie les tournures qui d'habitude appartiennent aux poèmes (inversions, répétitions), de même qu'il cherche les assonances, les associations de sons, sans jamais donner une impression laborieuse ou artificielle. Ma Petite Amoureuse, c'est tout l'univers des amours enfantines merveilleusement évoqué, avec ses mille pudeurs et ses mille maladresses. Il y est question d'un sourire un peu triste (forcément, quand on a perdu une dent de devant), de poux providentiels (ils ont éloigné la petite élue du groupe des autres enfants), d'une paire de gants à partager (c'est l'hiver et elle a les mains gelées…). Les illustrations de David Merveille ont la netteté des images de synthèse, mais elles n'en ont pas la froideur: l'ordinateur a servi pour la pose des couleurs, en particulier, et pour effacer les contours tout en conservant aux personnages leur rayonnante intensité; du papier kraft ici et là «pour ajouter un peu de velouté et de contrastes», c'est ainsi que l'illustrateur offre à ses deux tourtereaux un monde joyeusement teinté d'émotions, vives et tendres à la fois.

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Changement de décor, changement de ton, changement d'âge, surtout; Ida a 15 ans, elle est en état de révolte permanente depuis quelques mois: son grand-père est mort, son frère aîné – et adoré, adulé même – s'est mis en ménage avec une fille qu'Ida déteste, et c'est précisément chez eux que l'adolescente doit passer les vacances, puisque leurs parents sont partis «se donner bonne conscience» en Afrique. Mais cet été-là, elle va faire la connaissance de Linn, 17 ans, squatteuse; elle sera subjuguée par son assurance… et par sa beauté. Le roman décrit non seulement le mal-être et la solitude d'une adolescente, mais parvient aussi, sans morale ni prosélytisme, à montrer de quelle manière la jeune fille commence à s'apaiser, à mûrir, à s'affirmer dès lors qu'elle prend sa vie en main. Un récit – et ils ne sont évidemment pas nombreux – qui traite d'une fascination amoureuse particulière puisqu'il évoque, avec retenue mais sans ambiguïté, les premières relations sexuelles entre deux très jeunes femmes.

Ma Petite Amoureuse. Jo Hoestlandt, ill. de David Merveille. Milan jeunesse, dès 4 ans.

La Fille du squat. Ragnfrid Trohaug, trad. de Terje Sinding. Thierry Magnier, dès 15 ans.