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Adolf Hitler dans les Alpes bavaroises, en 1944.
© Popperfoto/Getty Images

Policier

Enquête à hauts risques dans les ténèbres hitlériennes

Dans «Bleu de Prusse», Philip Kerr, grand maître du polar historique, entraîne son héros Bernie Gunther dans une double traque magnifiquement orchestrée

Il faut être un peu fou pour imaginer un polar qui se passe en 1939 au Berghof, le fief d’Adolf Hitler sur l’Obersalzberg, près de Berchtesgaden. Fou, et qui plus est prétentieux. Sauf si l’on a l’exigence et le talent d’un Philip Kerr. Grand maître du polar historique, décédé en mars dernier à 62 ans, l’écrivain écossais a fait de l’époque du IIIe Reich sa quasi-spécialité. Il justifiait ce choix frisant l’obsession par une interrogation singulière: qu’aurait écrit Raymond Chandler s’il avait vécu à Berlin et que son enquêteur Philip Marlowe ait assisté à la montée du nazisme?

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Pour y répondre, Philip Kerr a inventé le personnage de Bernie Gunther, un inspecteur de la Kripo (la police criminelle allemande), social-démocrate et antinazi convaincu – il deviendra officier SS malgré lui – qui va tenter d’enquêter comme il peut dans un monde régi toujours d’avantage par l’arbitraire et la barbarie. Philip Kerr a consacré à Bernie Gunther 13 romans. C’est lui que l’on retrouve dans Bleu de Prusse, l’avant-dernier de la série, qui vient de sortir en français.

Une victime haïe de tous

Nous sommes en avril 1939, l’heure est grave. Un homme a été assassiné sur le balcon du Berghof alors que l’on s’apprête à fêter les 50 ans d’Hitler. Le général Heydrich mandate Bernie Gunther pour découvrir le coupable dans la plus totale discrétion. Généreusement fourni en pervitine (de la méthamphétamine) par ses hôtes pour lui permettre de travailler sans relâche, notre enquêteur découvre très vite que Karl Flex, la victime, était haï de tous après s’être livré aux plus infâmes trafics et exactions au profit de Martin Bormann. Surnommé le «patron», le secrétaire particulier d’Hitler est un véritable tyran qui n’a d’autre préoccupation que son enrichissement personnel. Et se faire bien voir du Führer.

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Resté fidèle à l’idée que la vérité seule doit triompher, Bernie Gunther a du pain sur la planche. Il comprend rapidement qu’il devra jouer au plus fin s’il veut rester fidèle à son idéal, et sauver sa tête. Bref, alors que l’on sent la guerre toute proche, la situation s’avère des plus délicates. Mais Bernie va s’en sortir vivant. Cela, on le sait d’emblée car Philip Kerr tisse à l’enquête de 1939 une autre histoire située en octobre 1956. Une course poursuite haletante et inégale qui voit Bernie Gunther traverser toute la France pour rejoindre l’Allemagne de l’Ouest et échapper ainsi au terrifiant marché que tente de lui imposer de force Erich Mielke, le futur chef de la Stasi. Atmosphères glauques, suspense et frissons garantis!


Philip Kerr, «Bleu de Prusse», traduit de l’anglais par Jean Esch, Seuil, 664 p.

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