Que regarde-t-on? Que peut-on filmer? Que peut-on montrer? Autant de questions soulevées chaque année à Visions du réel. Pour cette 13e édition, continuant d'explorer la zone intermédiaire entre cinéma et art contemporain, le festival de cinéma de Nyon continue à nourrir le débat avec les films de la Française Clarisse Hahn.

Formée aux beaux-arts, la jeune femme travaille depuis la fin des années 90 sur le corps. Dans ses vidéos le plus souvent montrées sous forme d'installations, elle explore ce lieu de croisement de l'intime et du social. A travers des thématiques parfois extrêmes, elle montre comment ce territoire des jouissances et des souffrances, cette enveloppe périssable, révèle la complexité de nos rapports aux autres.

Avec Ovidie (2001) et Karima (2003), elle entre sans tabous dans les domaines de la pornographie et du sadomasochisme. Elle brise l'aspect voyeuriste de son filmage en s'impliquant, par petites touches, dans les images.

Avec Hôpital (1999), Clarisse Hahn s'en était prise à un autre tabou, impossible celui-là à rejeter en l'attribuant à quelque marge de la société, celui de la vieillesse et de la mort. Mêmes allers et retours entre filmage cru - ici les muscles avachis, les peaux ulcérées, les soins intimes - et échanges avec les malades et les infirmières. Moins extrême, Les Protestants (2005) est une vaste fresque familiale. Clarisse Hahn filme ses proches, entre souvenirs et projets. Et comme dans ses précédents films, elle déconstruit nos jugements, nos a priori, avec des cadrages, des découpages des corps inattendus.

Débat di 22 à 19h30 avec des extraits d'«Ovidie» (interdit aux moins de 18 ans). http://www.visionsdureel.ch et 022/365 44 55.