Françoise Dériaz, la rédactrice en chef de Ciné-Bulletin, cherche à rétablir «le dialogue et la réflexion» après l'été houleux que vient de vivre le cinéma suisse, suite aux déclarations de Pascal Couchepin et à la démission de David Streiff, directeur de l'Office fédéral de la culture (OFC). Placé sous le patronage de Swiss Films (la structure de promotion du cinéma suisse elle-même émanation de l'OFC et de Pro Helvetia), Ciné-Bulletin cherche surtout, dans son numéro d'octobre, à se réapproprier un débat qui, selon Françoise Dériaz, a donné lieu à trop d'étalage dans les «médias grand public». Pris de cours, le mensuel avait, en septembre, attaqué l'éthique des médias en question, dont Le Temps: quoi de plus normal puisque la revue devait d'abord défendre la hiérarchie qui la nourrit.

Sondage

Octobre a apporté un calme plus constructif. Et une très bonne idée: poser neuf questions sur l'après-David Streiff à 21 associations ou particuliers. Mais seuls six questionnaires sur 21 sont revenus dans les délais et, parmi les six, deux manifestent l'échec de l'opération. D'abord, la position renvoyée par le Syndicat suisse film et vidéo, position que son comité directeur qualifie lui-même de «générale et superficielle», exprime une réticence partagée largement dans le sérail: Ciné-Bulletin est encore trop «grand public». Et le déballage dans ses colonnes ajouterait à un tohu-bohu déjà jugé néfaste par beaucoup, aggravant l'effet qu'il pourrait avoir sur le parlement quand il s'agira, cet automne, de voter le crédit du cinéma.

Dérision

Face à cette volonté d'échapper aux regards, le producteur lausannois Robert Boner choisit la dérision. Pour lui, la priorité de l'OFC nouveau consistera à «convaincre une multinationale de la biotechnologie de développer un gène de «talent» et un autre de «travail», le successeur de David Streiff devra être «un chef d'entreprise genre manager culturel si possible inculte et réac» et la Confédération devra songer à fonder un Département fédéral de la culture, mais uniquement «à condition que la Formule 1 y soit intégrée»!

Les quatre autres réponses, plus sérieuses, émanent de l'Association suisse des scénaristes et des réalisateurs de films (ARF), de l'Association des producteurs de films (SFP), du cinéaste Christoph Schaub et de Thierry Spicher, producteur du prochain film de Jean-Stéphane Bron. A la question, par exemple, de l'avenir de Marc Wehrlin, chef de la Section cinéma de l'OFC, tous souhaitent éviter de faire tomber des têtes. Sur les autres questions, le milieu se montre aussi éparpillé que durant l'été. Sans que rien de vraiment constructif ne se dégage, pour l'instant, sinon les intérêts particuliers de chacun.