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Roman

Entre la Grèce et la France, le déracinement de Yannis Kiourtsakis

Une histoire d’exil romantique et généreuse. Un retour à la terre qui est aussi un retour à l’écriture

Un déracinement perpétuel

Genre: ROman
Qui ? Yannis Kiourtsakis
Titre: Double Exil
Trad. du grec par René Bouchet
Chez qui ? Verdier, 336 p.

Dans Le Dicôlon, Yannis Kiourtsakis faisait le deuil d’un frère qu’il portait «sur son dos», comme le personnage du titre, figure du théâtre populaire grec. Le deuxième volet, tout aussi autobiographique, se revendique toujours «roman». Le jeune homme est à son tour parti pour étudier en France. Le pays lui manque; dans la grisaille parisienne, il idéalise sa lumière, son soleil. Pauvre, malheureux, esseulé, amoureux d’une jeune Française, dont la famille bourgeoise reçoit mal l’étranger: c’est le premier exil, hanté par le fantôme de ce frère qui a choisi un jour d’ouvrir le gaz. On est à Paris, à l’aube des années soixante, on se croirait pourtant par moments dans un roman balzacien, n’était ce monde que découvre l’étudiant: «Des Indiens, des Chinois, des Vietnamiens, des Algériens, des Noirs.» Ici, l’étudiant a parfois «l’impression d’entendre battre le pouls du monde», résonner l’écho des luttes coloniales, de la Guerre froide. Il veut apprendre, lire, et surtout écrire, et pas seulement les lettres et les vers romantiques qu’il destine à son aimée.

Romantique et généreux

Un premier retour au pays avec sa fiancée est illuminé par l’été grec, affolé par le vent des Cyclades et par l’amour, rythmé par les vers d’Eschyle. Le jeune poète découvre «une universalité qui n’était pas conquérante et arrogante mais fraternelle à l’égard de la Création […]». Mais par la suite, le service militaire lui révèle l’ineptie de l’armée et de l’administration. S’il revient vivre en Grèce à la fin de ses études, avec sa femme française, c’est qu’il a confiance dans le pays profond et veut croire dans le gouvernement d’Andréas Papandréou. La dictature des colonels, en 1967, le jette dans un nouvel exil. Mais, au bout de quelques mois, il décide de rentrer pour trouver sa place dans son pays. Ce ne sera pas dans l’action politique, mais dans un retour à la Grèce rurale que Kiourtsakis trouvera sa voix: «Il savait qu’il avait perçu dans le regard des hommes de son pays quelque chose de profond, d’insondable, qu’il ne nommait «tradition», «culture populaire» ou «présence» que par convention et qui – il le comprenait maintenant – méritait qu’il y consacre sa vie.» Chez ces «illettrés – pêcheurs, paysans, bergers», il trouve, toujours vivant, le monde d’Homère. En effet, c’est à cette culture qu’il a consacré de nombreux essais. Aussi, à la dernière page du roman, l’auteur abandonne le «il» pour un «je» qui signe son engagement. Un beau récit, romantique et généreux, qui dit beaucoup sur la Grèce de la deuxième moitié du XXe siècle.

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