Il est déplumé, le séducteur au Théâtre de l'Orangerie de Genève. Casanova, le flaireur des Juliette, le coureur de jupettes, est au crépuscule de sa course. Loin de Venise et de ses histoires d'eau. Réduit à l'état de bibliothécaire d'un comte de Bohême.

C'est à ce point ultime du parcours du héros que Michel Beretti, dramaturge chevronné, a souhaité poser son chevalet. Non pas pour recomposer le menuet gracieux d'un amateur de fugue. Mais pour soumettre à la question celui qui est aux yeux de la postérité le grand usager du désir et capter dans son pouls moribond l'impatience d'une époque. André Steiger, conduit le coche: il tient les rênes de la mise en scène et prête corps au héros des Bruits de la passion, spectacle à voir à Vidy-Lausanne cet automne. L'ensemble ne transporte pas, malgré la finesse de la direction d'acteurs.

«Vous me ferez la confession générale de tous vos égarements. Une confession… absolue.» ordonne Lotte à Casanova. Comme pour rappeler que la vie de Casanova est une mine de fictions en tout genre. Un théâtre en soi. Cette idée-là charpente le texte de Michel Beretti: l'ex-flambeur effeuille l'arbre à souvenirs, ordonnant à ses servantes d'incarner les figures d'un cœur toujours épris.

Pas étonnant donc qu'André Steiger affiche la théâtralité à l'œuvre. Dans le décor d'abord: sur la mosaïque de la serre, quelques malles sont posées – celles des saltimbanques ou des fugitifs; à main gauche, une toile tombe du ciel, livrant au regard une volupté faite femme; à main droite, un pan de rideau rouge derrière lequel viendront se travestir Lotte (Sophie Lukasik) et Caroline (Juliette Cloux), sous la coupe de Margrete (Hélène Firla).

Mais le théâtre s'affirme aussi dans l'interprétation. Dès la première réplique, lorsque la voix de l'acteur donne au mot «seul» répété, son amplitude et son drame. Ou plus tard, lorsque Casanova, crâne lisse et chemise de nuit bouffante, soulève d'un geste «clintonien» son costume, implorant une faveur. Mais le plaisir de la pose n'est pas toujours celui du spectateur. Manque encore une qualité de modulation dans l'énonciation du texte, un supplément de jouerie dans les tête-à-queue de la confession. Et surtout une façon de trahir dans le brio du verbe l'abîme qui le borde. Histoire de rendre ce Casanova moins distant, et la fable du désir et de ses naufrages moins appliquée.

les bruits de la passion, Genève, Théâtre de l'Orangerie, du 25 au 29 août à 20 h 30, rens. 022/786 55 15