Critique: le Quatuor Jérusalem à Vevey

Entre ombres et lumières

Il y avait de quoi avoir la chair de poule en écoutant le mouvement lent du Quatuor de Debussy, offert en bis mardi soir à la Salle del Castillo de Vevey. Le Quatuor Jérusalem a choisi ce morceau pour clore son concert consacré à Beethoven et Janácek (le même programme était donné la veille, au Conservatoire de Genève). Les musiciens avaient l’air de murmurer des confidences à l’oreille, tellement les textures sonores étaient soyeuses et délicates.

Fondé il y a bientôt vingt ans, le Quatuor Jérusalem se distingue par la plénitude des cordes. Or, il a fallu un certain temps avant que les musiciens ne trouvent leurs marques et s’adaptent à l’acoustique de la Salle del Castillo récemment rouverte. Ce splendide espace de style néoclassique, aux parois blanches, aux plafonds hauts, pourvu d’une grande baie vitrée, permet au son de s’épanouir pleinement. Presque trop: la réverbération paraît un peu excessive pour de la musique de chambre. Tout sonne rond et chaud, ce qui est préférable à une acoustique sèche. Seul hic: l’éclairage de la salle, piloté à distance par une régie informatisée, laisse à désirer. A plusieurs reprises – et de manière parfaitement aléatoire –, les lumières se sont mises en route pendant le concert, plus ou moins fort, ce qui était assez surréaliste!

Si le Quatuor Jérusalem n’a pas paru au meilleur de sa forme dans le Quatuor Opus 18 No 4 de Beethoven en raison de quelques écarts d’intonation, il a affiché une fusion totale dans les œuvres suivantes. Le Quatuor No 2 «Lettres intimes» de Janácek vibre d’une émotion à vif, entre mélancolie sourde et fébrilité, ombres et lumières. Le Quatuor Opus 18 No 5 de Beethoven brille par le fruité des cordes et la variété des inflexions.