S’il est un genre cinématographique qui par essence est celui des grands espaces, c’est sans conteste le western. Et au panthéon des cinéastes ayant le mieux joué avec la majesté des paysages de l’Ouest américain, on trouve John Ford, qui a toujours revendiqué l’importance des décors naturels, lui qui a beaucoup tourné à la frontière de l’Utah et de l’Arizona.

Depuis la lente disparition – amorcée dès le milieu des années 1950 – du western comme genre fondateur de la mythologie hollywoodienne, de nombreux réalisateurs s’y sont un jour ou l’autre frottés. En avril 1979, alors qu’il vient d’être oscarisé pour Voyage au bout de l’enfer, Michael Cimino entame le tournage de La Porte du paradis. Le film s’inspire d’une histoire vraie, celle de la guerre du comté de Johnson qui, dans le Wyoming de la fin du XIXe siècle, vit de puissants éleveurs de bétail défendre leurs intérêts en usant de la méthode forte. Pour Cimino, cinéaste humaniste refusant de défendre la vision d’une Amérique idéologiquement irréprochable, le film est l’occasion de montrer que la conquête de l’Ouest possède son côté sombre. Il raconte notamment la persécution sanglante dont furent victimes des migrants venus d’Europe de l’Est.

Cimino a souvent dit que, pour lui, il n’y a rien de plus beau à filmer que des gens qui dansent et des chevaux. Dans La Porte du paradis, il fait les deux. Il est autant chorégraphe que metteur en scène dans sa manière d’agencer les déplacements des personnages. Passionné de peinture et d’architecture, il a un sens de l’image et du cadre qui donne à chacun de ses plans une grande puissance visuelle. Le film, qui le verra exploser son budget et le plan tournage, sera un cuisant échec dont il ne se remettra pas. Il faudra attendre 2012 pour enfin le découvrir dans une version de 3h40 qui aura son approbation. A l’heure où le déconfinement nous donne des envies de grands espaces et de conquête, il rappelle que le respect des autres est la plus noble des valeurs.


«La Porte du paradis», de Michael Cimino (Etats-Unis, 1980). Disponible en DVD et Blu-ray.


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