exposition

Eplucher les natures mortes

L’Alimentarium de Vevey s’offre une exposition originale. Une dernière avant la rénovation

On connaît les étranges merveilles des peintres hollandais du XVIIe siècle et les objets qui les hantent: coupes abondantes aux citrons, grenades, raisins, vaisselle précieuse, gibecières, bouquets de fleurs, crânes humains, insectes en trompe-l’œil. La nature morte n’a cessé, depuis cet âge d’or, d’inspirer les artistes, contemporains compris. Mais aussi des essais d’interprétation quant à sa symbolique…

L’Alimentarium de Vevey s’offre un joli coup, un an avant sa fermeture pour réfection: une exposition mêlant tableaux de maître, de la Renaissance à nos jours, vidéo et photographie, ainsi qu’un regard sur l’imaginaire de ces natures mortes. Une lecture d’œuvres en quelque sorte ou une relecture contemporaine de ce morceau d’histoire, à laquelle le visiteur est invité à participer activement.

Parmi les auteurs de la trentaine de toiles, quelques grands noms, de Renoir à Picasso; elles se succèdent en ouverture de l’exposition, juxtaposées à la manière du XIXe siècle, en un joyeux mélange de genres, de styles et d’époques, dans une double vitrine créée exprès. Les pommes et les figues délicates au torchon blanc de Renoir voisinent avec l’amoncellement de saucisses et boudins trônant autour d’une tête de cochon aux yeux mi-clos, photographié par Guido Mocafico, les raisins veloutés d’Abraham van Beijeren (1650-60) ou les reliefs d’un fast-food, déjà convoités par un gros cafard, de Joachim Lapôtre.

«Notre recherche a mis en lumière l’intérêt des artistes actuels pour ce genre», note Denis Rohrer. commissaire de l’exposition Délices d’artistes. Le motif nous sert dès lors de prétexte et de révélateur pour explorer l’histoire de l’alimentation, décoder les symboles, éclairer les images.»

La nature morte est déjà présente dans l’Antiquité, avant de connaître une éclipse puis de réapparaître parmi la peinture de genre du XVIe siècle, de manière marginale d’abord, puis de plus en plus assumée. Ce sont les déjeuners hollandais, les bodegones espagnols, les vanités et les trompe-l’œil, qui tous hésitent entre messages moral, religieux, politique et évocation du pur bonheur des sens, entre exercice de virtuosité et sens caché.

Tout au long de sa visite, le spectateur va retrouver certaines toiles de la galerie, disséquées, commentées, mises en lumière et passer parfois de l’autre côté du cadre. Un jeu vidéo l’invite à composer son menu en fonction des époques et des manières de table. Didactique aussi l’invitation à entrer dans une toile via une tablette, pour en comprendre les secrets. Didactiques encore les nombreux ateliers proposés par le musée en marge de l’exposition: créer sa propre nature morte à l’aide d’un pinceau numérique et d’un écran intégré au chevalet, tags alimentaires pour la Nuit des musées, visite du potager, ateliers de food art…

Délices d’artistes; l’imaginaire dévoilé des natures mortes, Alimentarium, Vevey. Jusqu’au 30 avril 2014. www.delicesdartistes.ch

Le visiteur va retrouver certaines toiles de la galerie, disséquées, commentées, mises en lumière

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