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Onirisme et poésie en fosse et sur la scène: «Erismena» rayonne à Aix-en-Provence.
© Pascal Victor

Festival

«Erismena» éblouit au Théâtre du Jeu de paume

La dernière des cinq productions lyriques d’Aix-en-Provence fait honneur à la petite forme. Bonheur scénique et musical avec Leonardo Garcia Alarcon à la baguette et Jean Bellorini à la mise en scène

Les aventures cavalliennes de Leonardo Garcia Alarcon continuent joyeusement leur course. Après le CD «Héroïnes du baroque vénitien», les opéras Elena à Aix, Eliogabaldo à Paris et Il Giasone à Genève, la dernière Erismena s’inscrit déjà dans les productions de référence de Francesco Cavalli.

D’abord, parce que la partition révisée, que le chef genevois a resserrée avec son complice Aryel Rychter, condense judicieusement une œuvre à l’histoire labyrinthique. Ensuite, parce que la mise en scène de Jean Bellorini fait s’envoler l’œuvre, au sens propre comme au figuré, dans des décors co-réalisés avec Véronique Chazal. Encore, parce que les costumes de Macha Makeïeff offrent une dimension et un humour subtilement décalés à l’ouvrage. Enfin, parce que l’interprétation des chanteurs, du chef et de la Cappella Mediterranea, touche à la grâce. Après plus de deux heures trente d’un spectacle étonnant, la salle sort galvanisée par l’émotion, la fantaisie et la poésie qui circulent du plateau à la fosse.

La magie s’installe doucement

Au début, on se dit pourtant que les habits «brocantés» de la célèbre plasticienne auront du mal à s’intégrer dans l’ambiance nocturne, dénudée et froide du dispositif scénique. On pense que la vaste résille métallique dont le cadre s’incline, se dresse, se couche et se lève, peinera à alléger la fable amoureuse et incroyablement libre d’Aurelio Aureli.

Mais la magie s’installe doucement. Entre la myriade d’ampoules qui étoilent la nuit et une jubilation délicate de jeu, Erismena prend chair et cœur. L’onirisme gagne dans une atmosphère shakespearienne excentrique, l’ivresse musicale s’invite et la morale sociale s’écorne en finesse. Ce qui participe à la verdeur du spectacle tient aussi beaucoup aux jeunes chanteurs, majoritairement issus de l’Académie du festival d’Aix. L’Erismena savoureuse de Francesca Aspromonte et l’Orimeno éclatant de Jakub Josef Orlinski (aussi à l’aise dans l’aigu que dans les voltiges de hip-hop) composent la pointe d’une belle pyramide vocale.

Valse de tessitures

Dans la valse de tessitures hautes où les voix masculines travesties font grimper les registres, deux intrus: le roi Erimante (Alexandre Miminoshvili, basse au timbre dense) et Argippo (Andrea Bonsignore, baryton à la voix boisée). Autour d’eux, c’est une bataille de montées vocales, où rivalisent les contre-ténors Carlo Vistoli (Idrapse) et Tai Oney (Clerio Moro), avec les ténors Jonathan Abernethy (Diarte) et Stuart Jackson (Alcesta).

Grâce à la mezzo Lea Desandre (Flerida) et à la soprano Susanna Hurrell (Aldimira), la distribution frôle l’idéal. Et grâce à la sensualité, la tendresse et l’alacrité orchestrales, cette Erismena atteint une forme d’exemplarité qu’il sera difficile de dépasser avant un moment.


Théâtre du Jeu de paume, les 12, 15, 16, 18, 20 et 21 juillet. Retransmission en direct du France musique et CultureBox le 12 juillet. Rens: +33 434 08 02 17, www.festival-aix.com

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