Après plusieurs cycles thématiques inévitablement décevants, le Ciné-club universitaire de Genève renoue ce soir avec la bonne vieille formule de l'hommage à un auteur. Et pas n'importe lequel: Ernst Lubitsch (Berlin, 1892 – Hollywood, 1947), génie de la comédie presque méconnu à force d'être cité comme référence sans qu'on montre pour autant ses films. Le Ciné-club s'offre même le luxe de damer le pion à la Cinémathèque de Lausanne ou au CAC-Voltaire de Genève, qui auraient logiquement dû le programmer depuis longtemps. Mais les copies sont rares, et il aura fallu trouver des filières à l'étranger. C'est dire l'événement que constitue cette rétrospective qui ne réunit pas moins de 16 titres, de la période muette allemande jusqu'aux triomphes hollywoodiens.

Les exégètes se sont perdus en conjectures sur ce qui faisait la fameuse Lubitsch Touch, expression qui prouve surtout qu'il fut l'un des premiers cinéastes à être reconnu comme l'auteur à part entière de ses films. En fait, il s'agit d'un tout: d'une certaine forme d'humour à la fois fin et trivial (dans ses sous-entendus grivois) et d'une mise en scène très sophistiquée (déplacements millimétrés, sens du «timing» comique, emploi du hors champ, etc.), au service d'une vision du monde parfaitement cohérente. A travers toute l'œuvre se dessine une défense de l'être vrai au-delà des faux-semblants du jeu social et des dérives idéologiques.

Jouisseur impénitent

Il y a loin des premières farces allemandes, encore mal dégrossies, à la drôlerie irrésistible de To Be or Not to Be et à la finesse satirique de Cluny Brown. Le pari des programmateurs a pourtant été de faire apparaître des constantes au-delà du fossé temporel et atlantique, en confrontant tous les lundis soir un film plus ancien (à 19 h) et un plus récent (à 21 h) réalisés à 15 ans d'écart. On verra si cette idée est plus opérante que le simple ordre chronologique. Pour ceux qui ne voudraient viser que l'essentiel, on pointera, dans les muets La Princesse aux huîtres et L'Eventail de Lady Windermere, d'après Oscar Wilde, et dans les parlants Haute pègre (Trouble in Paradise et Rendez-vous (The Shop Around the Corner). Enfin, on se consolera de l'inexplicable absence d'Ange (avec Marlene Dietrich et longtemps disponible en Suisse) avec Le Ciel peut attendre (Heaven Can Wait), film-testament avant la lettre de ce jouisseur impénitent.

Ciné-club universitaire de Genève, Auditorium Artidi-Wilsdorf, av. du Mail 1. Tous les lundis soir à 19 h et 21 h. Jusqu'au 21 juin. Tél. 022/379 77 05. Rens. http://www.activites-culturelles.unige.ch