Et si on imaginait un «feelgood movie» sur fond de crise? Après tout, Frank Capra a donné l’exemple dans l’Amérique ans les années 1930, alors pourquoi pas en Grèce aujourd’hui? C’est sans doute ce que se sera dit Christoforos Papakatiatis, acteur-réalisateur venu de la télé. Bingo! Son deuxième long-métrage «Worlds Apart» a fait un vrai carton au pays, reléguant tous les blockbusters hollywoodiens. Ce qui ne veut pas encore dire que le produit, à base de trois histoires d’amour (à 20, 40 et 60 ans) qui se rejoignent, soit très exportable.

Le premier récit réunit l’étudiante en sciences politiques Daphne et un jeune réfugié syrien, Farris, qui la sauve d’une agression dans la rue. Ils se revoient et s’aiment dans un aéroport déserté, jusqu’à ce que des fascistes, parmi lesquels un vieux commerçant ruiné, s’en mêlent. Suit l’histoire de Giorgos, directeur commercial qui vit mal ses problèmes de couple et de travail. Dans un bar, il croise une belle touriste suédoise et finit dans son lit, avant de découvrir qu’elle n’est autre que la «coupeuse de têtes» envoyée pour faire le ménage dans son entreprise. Pour finir, Sebastian, un professeur allemand qui s’est retiré en Grèce, rencontre Maria, une ménagère qui peine à joindre les deux bouts et commence à la gagner à force d’attentions allant de simples légumes aux trésors de la culture grecque…

Ficelles grossières

Malgré la dureté des conditions socio-économiques à la base de ces rencontres, tout ceci est malheureusement enrobé de guimauve. Tout le monde paraît trop beau, les violons s’envolent à la moindre occasion, le leitmotiv d’Eros et de Psyché est lourdement appuyé. A chaque histoire sa coïncidence grossière, qui ne peut que déboucher sur un clou narratif du même tonneau. Quant aux comédiens, même si on peut avoir un certain plaisir à retrouver Tawfeek Barhom (la jeune vedette de «Dancing Arabs» d’Eran Riklis), Andrea Osvart (la belle Hongroise du cinéma italien) et J.K. Simmons (Oscar du meilleur second rôle pour «Whiplash» de Damien Chazelle), force est de constater qu’ils ne sont pas des plus crédibles.

Bref, il faut vraiment porter de sacrées oeillères pour apprécier un tel film. Pour un traitement plus réaliste des mêmes thèmes, on a pu voir au festival Black Movie «Amerika Square» («Plateia Amerikis») de Yannis Sakaridis: un film sinon plus exportable du moins nettement plus crédible.


* Worlds Apart (Enas Allos Kosmos), de Christoforos Papakatiatis (Grèce, 2016), avec Niki Vakali, Tawfeek Barhom, Christopher Papakatiatis, Andrea Osvart, Maria Kavoyianni, J.K. Simmons, Minas Hatzisavvas. 1h55