Deux grands dessins forment l'exposition Pierre Klossowski dans le «showroom» de la galerie Skopia à Genève, tandis que les arcades sont occupées par les travaux d'Olivier Mosset. Si les formats correspondent, ainsi que l'importance accordée aux teintes, les visions des deux plasticiens ne sont bien sûr pas les mêmes.

A la figure, toujours fascinante, au sens fort, retracée par Klossowski répond l'absence de figure, et l'absence tout court, mise en œuvre par Mosset. Datées des années 80, et choisies par le galeriste chez l'artiste à Paris, parmi une soixantaine de dessins que conserve encore le couple Klossowski (sur une œuvre estimée à 400 dessins), les deux compositions aux crayons de couleur montrent l'une Roberte, l'épouse, le modèle, l'actrice de scènes fantasmées, l'autre un adolescent aux traits efféminés occupé à capturer ou fuir deux insectes volants.

Le garçon est nu, exposé à la flamme qui ravage l'un des insectes, qui sans doute s'est approché trop près du brasier; de même l'adolescent au visage de fille semble-t-il par trop captivé par ces deux mouches ou libellules, qui renvoient à une peinture de Balthus, le frère de Pierre Klossowski, montrant une enfant nue confrontée à un papillon de nuit. Le second dessin, un peu plus grand, révèle Roberte face à son miroir, se fardant, semble-t-il. Ou bien s'apprête-t-elle à s'offrir à elle-même un baiser? L'ambiguïté est de mise, la transgression aussi, et le rêve plane sur ces dessins d'un vieillard, écrivain dont l'œuvre dessiné ne fut découvert, reconnu, que tardivement. Et qu'apporte la couleur à ce dessin gauche et raffiné à la fois? Elle apporte une douceur aux relents un peu crus, une douceur outrée, une joie solaire aux accents de nuit…

Les couleurs apposées sur la toile par Olivier Mosset, à l'aide de la sérigraphie ou du pinceau, sont elles aussi un peu crues, presque doucereuses. La série montrée à la galerie Skopia consiste en toiles monochromes, auxquelles l'encadrement apporte un surplus non négligeable. Nous avons d'une part des sérigraphies sur toile de format rectangulaire, au cadre assorti (comme on parle de chaussettes assorties: d'une teinte voisine sans être la même), d'autre part des «tondo» dont la surface est recouverte de peinture. Dans un cas comme dans l'autre, le verre du cadre insère, entre le regard et l'œuvre, une distance, une froideur et un reflet du monde ambiant. Bref, le verre, de simple protection, devient partie prenante du travail, il atténue, voire nie, le monochrome.

Olivier Mosset. Pierre Klossowski. Galerie Skopia (rue des Vieux-Grenadiers 9, Genève, tél. 022/ 321 61 61). Me-ve 14h30-18h30, sa 10-12h et 13h30-16h30. Jusqu'au 29 avril.