Vitzentzos Cornaros. Trad. de Denis Kohler. Zoé, 320 p.

Les Classiques du monde, chez Zoé, c'est une nouvelle collection consacrée aux grands textes du patrimoine européen. Après le Karaghiozis (le théâtre d'ombres grec) et un recueil de récits d'Alexandre Papadiamantis, voici un petit bijou dont Georges Séféris fit son livre de chevet: Erotocritos , roman de chevalerie rédigé à bride abattue par un poète crétois qui ne savait sans doute pas qu'il inventait une version orientale de Tristan et Iseut . Né en 1553, mort en 1613, Vitzentzos Cornaros y met en scène Erotocritos, un «tourmenté d'amour» qui rêve de damner son âme pour que «la vertueuse» princesse lui ouvre à grands battants son cœur de tourterelle. En cinq chants, cette saga est l'histoire d'un amour longtemps contrarié, parce que le héros, si brave soit-il, n'appartient pas à une assez noble lignée… Cornaros excelle à décrire, avec des accents raciniens, les tourments de la passion et il y ajoute la fureur d'une épopée qui ressemble à un western antique et parfois à un conte merveilleux. En postface, un dossier précieux et le texte de la conférence que Séféris prononça en février 1946 pour célébrer ce classique des lettres grecques.