Sur ses cartons d'invitation au vernissage, le Centre pour l'image contemporaine proposait d'attendre le printemps avec une exposition qui rappelait l'hibernation: il y était question de dormir deux mois, l'exposition d'Erwin Wurm portant le titre Sleeping for 2 Months. Le carton affichait un homme allongé sur un lit de camp. Mais voilà: dans les projections de l'exposition genevoise qui a commencé dimanche, on ne retrouve pas cette image. Si une vidéo montre manifestement une chambre à coucher, l'homme qui y figure est plutôt du genre agité. En fait, face à d'insurmontables problèmes techniques de dernière minute, l'artiste autrichien a remplacé la double projection Sleeping for 2 Months, qui restera donc encore

inédite, par deux autres pièces. Peu importe, on dormira une autre fois. De toute façon, avec Erwin Wurm, mieux vaut être prêt à agir.

Agir, comme cet homme dans une chambre à coucher d'hôtel (l'artiste en personne), qui semble sans cesse à la recherche de nouvelles occupations, toutes plus loufoques les unes que les autres (Adelphi, projection vidéo, 1999). En fait, Erwin Wurm réutilise ici quelques-unes de ces One Minute Sculptures et en improvise d'autres, selon le mobilier à sa disposition. On le voit ainsi placer des flacons de produits de toilette dans son caleçon pour se sculpter un nouveau corps, ou s'allonger sur la tête de lit en bois pour former une étonnante composition. Tout cela avec l'apparence d'une parfaite sérénité.

C'est le même genre de poses peu sensées que les visiteurs sont invités à reproduire, à l'étage supérieur, non pas devant une caméra, mais malgré tout face au public de la salle d'exposition, et qui plus est montés sur une vaste estrade blanche. Une petite phrase d'explication et un schéma et vous voilà en train de vous glisser des crayons entre les doigts de pied!

Pour être une sculpture, suffirait-il donc d'adopter une position décalée imaginée par un artiste reconnu, et cela devant un public (potentiel)? En tout cas, le système Wurm, par son méthodisme, par l'inconfort des positions sculpturales proposées (soyez une «home sculpture», comme il le propose, en vous allongeant sur une table et en tenant un stylo entre votre menton et le bord de cette table), touche au pathétique. Et donc au drame. Le confirme encore la vidéo A Person Carrying a Bowl over the Head for 2 Years, où un homme attend le métro, fait de la marche sportive ou nage dans une piscine publique en tenant toujours au-dessus de sa tête un grand bol blanc. Ou la série de vingt photographies Instruction for Idleness, soit autant de leçons d'oisiveté (ne pas changer de vêtements, regarder la télévision toute la journée…) que donne avec l'air abattu Erwin Wurm.

Le travail de l'artiste autrichien questionne donc autant la forme de l'art – qu'est-ce qu'une sculpture aujourd'hui, dans un contexte de performances et de nouveaux médias? – que ses fondements. Loufoques, les One Minute Sculptures? Oui, mais profondément humaines, au croisement de la plus aimable légèreté et de la tristesse la plus profonde. Comme le plus pur burlesque.

Erwin WurM au Centre d'art contemporain, Saint-Gervais, Genève, rue du Temple 5.

Tél. 022/908 20 60. Catalogue sur place. ma-di, 12 h-18 h. Jusqu'au 25 mars.